Sans formation dans les écoles

 

MESSAGE DU COLLECTIF: Stagiaire: Mission Impossible!

 

En septembre dernier, les nouveaux professeurs et conseillers principaux d'éducation ont été nommés dans les collèges et les lycées à temps plein mais sans avoir reçu la moindre formation professionnelle. Un mois après la rentrée, nous avons décidé de nous fédérer et de nous mobiliser afin que cette réforme néfaste de la formation du personnel éducatif soit radicalement à son tour "réformée".

Nous sommes un groupe de professeurs et CPE en collège et en lycée, des filières générales, techniques et professionnelles. Chaque jour plus nombreux à mesure que les rassemblements locaux se multiplient, nous souhaitons porter nos revendications avec l'appui de tous les syndicats mais sous le contrôle d'aucun.
Tenez-vous informés de notre mouvement en envoyant votre adresse mail à STAGIAIREIMPOSSIBLE@GMAIL.COM.

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jeudi 14 octobre 2010: lettre aux associations de parents d'élèves

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes de nombreux enseignants stagiaires à avoir pris notre poste en cette rentrée 2010. Les conditions d’enseignement et de bonne tenue des cours nous paraissent gravement compromises par la réforme concernant notre formation. Comme nous œuvrons ensemble pour le présent et le futur de vos enfants, il nous semble essentiel de vous informer le plus honnêtement possible sur la détérioration de nos conditions de travail.

Une détérioration des conditions de travail qui se répercutent en cours
Jeunes enseignants, nous sommes motivés par un métier que nous avons choisi, que nous aimons, et pour lequel nous souhaitons nous investir. Malheureusement, nous sommes dans des conditions telles que nous ne pouvons l’exercer correctement. Ces conditions ont entrainé chez l’ensemble d’entre nous une fatigue physique et morale qui compromettent la préparation des cours et les interactions avec les élèves. En effet, nous commençons désormais notre année de stage à temps plein: 18 heures de cours réparties sur au moins trois niveaux dont des classes à examen pour la majorité d’entre nous. La préparation d’une heure de cours est un exercice totalement nouveau pour nous, et demande un temps considérable de préparation (en moyenne 5 heures de préparation pour 1h de cours). Des journées de formation, bien entendu nécessaires pour des néophytes, viennent se surimposer à nos emplois du temps déjà lourds.
Outre des pressions liées au temps de travail, nos conditions d’exercice sont souvent très mauvaises : nous sommes parfois professeurs principaux (et donc en charge de l’orientation de nos élèves), et souvent face à des classes extrêmement « difficiles » (nous sommes nombreux à avoir été nommés en ZEP ou en ZUS, à avoir des élèves non-francophones, certains sont en UPI, classes qui accueillent des élèves en situation de handicap,). Nous manquons également du matériel  le plus élémentaire pour faire cours : en lycée, nous n’avons pas de manuels dans de nombreuses matières, alors que les nouveaux programmes demandent des supports de mise en œuvre.

Nous tenons à rappeler que les années précédentes, le stage était réduit puisque les nouveaux professeurs assuraient en moyenne entre 6 et 8 heures de cours hebdomadaires et bénéficiaient le reste du temps d’une formation à l’IUFM. Néanmoins, cette année de formation des enseignants restait une année très difficile. La très grande majorité des professeurs stagiaires était épuisée. Avec en moyenne 10 heures de cours en plus à assurer cette année nous sentons que nos conditions d’exercice  du métier d’enseignant deviennent impossibles. Cette augmentation de la charge horaire est liée à des choix budgétaires catastrophiques dans le domaine de l’éducation. Ces choix témoignent de l’irresponsabilité du gouvernement en ce qui concerne la formation et l’avenir des élèves : de jeunes professeurs stagiaires sont  parachutés à des postes de professeurs titulaires ; ainsi, les salaires sont économisés, alors que la formation des professeurs stagiaires comme des élèves est mise en danger.

Enseigner, comme tout métier, s’apprend !
En poste devant vos enfants depuis le début du mois de septembre, nous faisons le maximum pour leur assurer un enseignement clair, enrichissant et adapté à leurs besoins. Nous arrivons cependant tous à un état d’épuisement qui limite gravement notre capacité à construire et  dispenser des cours épanouissants, variés et dynamiques, ou à être suffisamment disponibles pour les élèves. Nous avons mis de côté nos activités personnelles, ce qui a une répercussion sur notre pratique et notre capacité à prendre du recul (réflexion sur notre discipline et organisation de sorties culturelles avec les élèves…). On relève de nombreux arrêts maladie, voire des démissions, ce qui ne peut que nuire à la bonne progression des élèves. Certains médias ont évoqué notre situation en disant que nous sommes incompétents, mais comment être pleinement compétents dans une telle situation ? Nous débutons et souhaiterions simplement pouvoir mettre en œuvre nos compétences et nos capacités, ce qui n’est actuellement pas possible. Voilà pourquoi nous demandons des conditions décentes d’apprentissage et d’exercice du métier d’enseignant, et entreprenons de nous organiser pour porter cette demande.

Pour nous contacter :  stagiaireimpossible@gmail.com