Faut-il interdire l'écran ...

 

Serge Tisseron et Bernard Stiegler

« Faut-il interdire les écrans aux enfants ? »

 

Editions MORDICUS, novembre 2009


 

Serge Tisseron (ST), psychanalyste, s'est fait connaître en découvrant le secret de Hergé par la seule lecture des albums de Tintin.

Bernard Stiegler (BS), philosophe est directeur de Recherche et Innovation du centre Pompidou et a occupé différents postes de directeur dont l'IRCAM et l'INA.


 

En France, les enfants passent plus de 3 heures par jour devant les écrans (TV, Internet, consoles, SMS...) soit près de 1200 heures par an contre 900 heures / an à l'école, qui elle-même, utilise de plus en plus les écrans. Une révolution est en marche...

Si les écrans peuvent faciliter l'accès au savoir, ils ne sont pas pour autant inoffensifs.

Quels écrans, à quel âge ?

Serge Tisseron propose une règle simple , celle des 3/6/9/12 ans

     

  • moins de 3 ans : pas d'écran, pas même les programmes qui s'adressent spécifiquement aux bébés! Le développement psychomoteur de l'enfant mobilise ses 5 sens, l'usage de la TV le rend passif, elle diminue la relation affective entre le petit enfant et son environnement. Même après 3 ans, la TV ne lui apporte pas grand chose et l'empêche surtout d'avoir d'autres activités. les DVD choisis et qui peuvent être revus plusieurs fois sont le meilleur choix.

  • moins de 6 ans : pas de console ; c'est l'âge des mains (collage, pliage, pâte à modeler...) pour appréhender l'espace. A cet âge, «c'est avec les mains qu'on apprend à penser ».

  • moins de 9 ans : pas d'internet, car les repères essentiels du développement psychique ne sont pas en place, notamment la différenciation de la sphère intime et de la sphère publique

  • moins de 12 ans : internet mais pas toujours seul ; l'enfant ne doit pas avoir un rapport uniquement solitaire avec les écrans.

     

Interdiction ou responsabilisation ?

Un équilibre à toujours réinventer, mais tout sauf l'indifférence. L'autorité structure. Elle repose désormais plus sur la notion de contrat car les repères demandent à être justifiés. Le contrat peut être négocié, il doit être bien explicité mais ensuite il faut s'y tenir absolument.


 

Où mettre les écrans ?

Pour l'ordinateur, préférer une pièce partagée. Pour la TV, pas en mangeant...pour préserver la communication familiale car le plus grand danger des écrans est l'isolement de l'enfant, le remplacement de ses relations réelles par des relations uniquement virtuelles.

Pour la TV, l'important est de devenir un spectateur actif, qui choisit ses programmes, qui peut échanger avec des adultes sur ce qu'il a vu. Pour limiter la consommation passive de programmes, on peut par exemple mettre en place des « tickets TV » d'une demi-heure/ une heure, à choisir à l'avance sur les programmes.


 

Parents - enfants :une fracture numérique?

Les adultes ont tendance à diaboliser les nouvelles technologies qu'ils ne maîtrisent pas, les jeunes à s'enfermer dans un monde connu d'eux seuls, avec le risque d'une forme de dépendance ou plutôt d'utilisation excessive des écrans, pouvant, à l'extrême, perturber leurs relations sociales «réelles».

Mais les jeunes ont aussi à faire découvrir aux adultes les nouvelles technologies - l'échange devient alors valorisant.


 

Quelle éducation des enfants au numérique ?

On retrouve les rôles complémentaires des parents et de l'école. Les grands thèmes d'éducation sont les suivants :

  • l'apprentissage de la distinction entre l'intime et le public.

    Une mention sur l'ordinateur qui indiquerait «Tout ce que vous écrivez ici peut tomber dans le domaine public» éviterait bien des déboires.

  • le droit à l'image

  • favoriser les échanges et débats contradictoires

  • s'assurer que les relations réelles n'ont pas été totalement remplacées par des relations virtuelles

  • expliquer que rien n'est Vrai, que tout peut-être truqué (ce qui vaut pour la violence, la pornographie...) et favoriser les échanges familiaux sur les contenus visionnés;

  • adopter des règles explicites sur l'usage des écrans par les jeunes (et s'y tenir : valoriser le respect de ces règles ou sanctionner)


 

Au delà des conseils résumés ici, Serge Tisseron livre des études et réflexions très intéressantes sur les transformations qu'opèrent la révolution numérique sur nos modes de fonctionnement (sociaux et intellectuels) Il approfondit également l'exposition à la violence et à la sexualité sur les écrans et des pistes pour minimiser leurs impacts sur les enfants. Lecture recommandée !