Relation parents - enseignants

10 conseils pour améliorer la relation parents-enseignants

En avril, nous accueillerons entre autres Jean-Louis Auduc. A l'occasion d'une interview donnée au Café Pédagogique, il propose des conseils pour améliorer la relation parents-enseignants...

Extraits...:

 Des parents angoissés pour le futur

Nous sommes aujourd’hui dans une situation où aucun parent n’est assuré que son enfant vivra dans le futur mieux que lui. C’est une rupture pro­fonde avec ce qui a existé depuis deux siècles où la notion mythifiée, fan­tasmée, de l’ascension sociale a été un moteur puissant de l’espoir dans le futur. Hier, on pouvait investir sur l’enfant, se pro­jeter dans le futur en pensant que ses enfants allaient vivre tou­jours mieux que leurs parents.

Cette pers­pective était un élément fon­dateur d’un projet col­lectif, d’une confiance dans l’école. L’école n’apparaît plus comme l’élément struc­turant d’un futur réussi quand ceux qui sont exclus pré­co­cement comme ceux qui ont mené leurs études jusqu’au bout se trouvent dis­cri­minés dans l’accès à l’emploi.

Les parents sont souvent plus désem­parés que démis­sion­naires. Aujourd’hui, beaucoup de familles s’interrogent sur la pour­suite d’études de leurs enfants : est-ce que cela ne va pas les conduire au chômage, est-ce qu’ils ne vont pas rester de plus en plus tard au domicile familial en situation de précarité ?

(...)

 Améliorer la com­pré­hension de l’école par les familles est un enjeu décisif

Trop souvent, encore, c’est aux familles de tenter de décrypter les chan­ge­ments… Si les familles et notamment celles les plus éloi­gnées de l’école ne sont pas accom­pa­gnées dans leur décou­verte du système sco­laire actuel, il y a véri­ta­blement un risque que ces popu­la­tions rejettent une école qu’elles ne com­prennent pas et soient sen­sibles à toutes les cam­pagnes visant à dis­qua­lifier l’école publique.

Cette pers­pective est d’autant plus cré­dible que la France est un des rares pays d’Europe où n’existe sur aucune chaîne à dif­fusion nationale une émission d’information concernant l’école, ses pro­grammes et son fonc­tion­nement. Il y a en France des émis­sions « grand public » sur tous les sujets concernant le quo­tidien : la santé, la cuisine, les loisirs, l’automobile, la consom­mation… ; il n’y en a aucune sur l’école, qui n’est évoquée que dans les faits divers des journaux télé­visés, ce qui contribue à faire de la connais­sance de l’école un "délit d’initiés".

Il est exact qu’en vingt ans, les pro­grammes sco­laires du pri­maire ont été modifiés trois ou quatre fois, alors qu’ils avaient duré plus de vingt ans dans les géné­ra­tions pré­cé­dentes. Trop souvent les docu­ments pré­sentant l’école pri­maire et ses pro­grammes sont pré­sentés de manière intem­po­relle comme s’ils avaient tou­jours existé. On fait rarement l’effort de dire aux parents d’élèves : voila ce qu’étaient les pro­grammes il y a vingt ans, voilà ce qu’ils sont aujourd’hui et voici pour quelles raisons pré­cises, ils ont été changés.

En ne mettant pas au premier rang l’information et les expli­ca­tions sur le fonc­tion­nement du système éducatif, les ensei­gnants du public risquent d’abandonner à la rumeur les juge­ments des familles sur l’efficacité de leurs établis­se­ments et à amplifier les cri­tiques sur l’école publique.

Lors de la pre­mière rentrée à cer­tains niveaux (début école élémen­taire, 6e de collège, 4e de collège, 2de…) , il apparaît néces­saire de com­mencer la pre­mière réunion en faisant parler les parents pré­sents sur leur sou­venir de ce niveau sco­laire. Cela per­mettra de leur montrer les dif­fé­rences de pro­grammes, les nou­velles dis­ci­plines, les nou­veaux moments d’orientation. Il faut se rap­peler que jusque dans les années 1990, « l’écrémage » en collège se pro­duisait entre la 5e et la 4e. Beaucoup de parents se rap­pelant de cette orien­tation en fin de 5e pense que leur enfant est « sauvé » à partir du moment où il est en 4e, alors que la situation est aujourd’hui fon­da­men­ta­lement dif­fé­rente avec le cycle « 5e/4e » … On a pu qua­lifier la classe de 4eme « classe de tous les dangers », car se cumulent dans cette classe, la crise d’adolescence, le chan­gement de statut de la classe par rapport à celle connue par les parents, l’enseignement de nou­velles disciplines……..

Il faut également que l’école s’interroge sur une cer­taine pru­dence dans l’abandon de sym­boles ou de rites qui peuvent faire sens aux yeux des familles : les manuels, les fêtes de fin d’année, voire les bul­letins scolaires…..

1) Comment com­battre et vaincre les peurs réciproques ?

Les parents d’élèves res­sentent souvent le jugement de l’enseignant sur leur enfant qu’ils per­ce­vront souvent comme un jugement sur eux-mêmes. Ils s’inquiètent également de ne pas être à la hauteur, de se res­sentir comme incom­pétent en tant que parent, de ne pas pouvoir aider sco­lai­rement leur enfant

Quelles sont les prin­cipaux obs­tacles qui peuvent exister chez les enseignants :

- Ne pas accepter dans une dis­cussion, dans un débat tout cri­tique vécu comme une mise en cause

-  Consi­dérer tout désaccord, tout point de vue dif­férent comme un conflit impos­sible à résoudre ce qui engendre d’inévitables tensions

- Avoir des dif­fi­cultés à prévoir dès le début de l’année dans son emploi du temps des plages pos­sibles pour des réunions avec les parents

- Consi­dérer avant tout les parents comme « utiles » pour les voyages sco­laires, cer­taines acti­vités, la fête de l’école, …..

 Du côté des parents, les obs­tacles existent également :

- Il n’est pas tou­jours sur que le jeune donne des infor­ma­tions exactes sur ce qui se passe à l’école, d’où une cer­taine gène d’apprendre par l’enseignant des événe­ments ayant eu lieu à l’école dont n’a pas parlé leur enfant

- Cer­tains peuvent avoir une réti­cence à entrer en conflit avec l’enseignant surtout s’il peut appa­raître que le jeune « joue » l’enseignant contre ses parents

- Enfin, des parents peuvent avoir des inquié­tudes à être en désaccord avec l’enseignant

Dans l’ouvrage « Les rela­tions parents-enseignants à l’école pri­maire » , Mehdi Hatri nouvel ensei­gnant en Seine Saint-Denis résume ainsi les peurs qu’il perçoit chez les parents : « Peur du jugement des ensei­gnants sur leur capacité à être de bons parents, peur face au pouvoir tant des ensei­gnants que de l’institution école, notamment en matière de redou­blement, d’orientation ou de sanc­tions, peur de ce qu’ils vont entendre sur leur enfant, peur de l’avenir pour leur enfant car l’obligation de réussite est extrê­mement forte et pèse sur les rela­tions entre l’école et la famille, peur des « repré­sailles » que leurs inter­ven­tions pour­raient entraîner envers leur enfant, peur d’être dépossédé de son rôle de parent en par­ti­culier lorsque l’entretien a lieu en pré­sence de l’enfant… Il ressort de mes entre­tiens avec des parents, que la prin­cipale crainte est celle de la convo­cation. En effet, ils ont trop souvent l’habitude de ne voir les ensei­gnants que lorsqu’il y a des pro­blèmes et jamais pour s’entendre dire que tout va bien ou que leur enfant a progressé »

L’enseignant, mal préparé, a aussi peur à cer­tains moments de ren­contrer les parents. Il peut avoir la peur d’une sur­veillance, de l’ingérence des parents, d’avoir à se jus­tifier constamment, des réper­cus­sions vis-à-vis du chef d’établissement et des col­lègues. Mais, il y aussi, compte tenu de l’absence dans la plupart des for­ma­tions ini­tiales actuelles d’une for­mation à la gestion d’un entretien et à l’annonce d’informations à des parents, la peur de parler devant un groupe, de perdre ses moyens, d’être désta­bilisé devant la question d’un parent, de ne pas maî­triser la dyna­mique du groupe, d’être pris en défaut, compris de travers, de ne pas appa­raître comme cré­dible dans le domaine péda­go­gique, d’avoir à répondre à un cas qui le dépasse.

Mehdi Hatri évoque ainsi dans l’ouvrage déjà cité la situation des ensei­gnants : « Les ensei­gnants sont par­tagés entre deux atti­tudes contra­dic­toires : celle qui consiste à envi­sager les parents comme des par­te­naires poten­tiels et celle qui se limite à se méfier d’eux. Je pense que cette attitude para­doxale s’explique du fait qu’ils ont peur.(…) peur d’être jugé sur ses méthodes et ses com­pé­tences, peur de se faire agresser tant phy­si­quement que ver­ba­lement, peur d’être dépourvu face à des inter­ro­ga­tions de parents, peur d’être inter­pellé sur des pro­blèmes ins­ti­tu­tionnels non résolus, peur d’être pris à parti devant les col­lègues en conseils de classe ou lors des réunions de parents, peur de ne pas pouvoir se jus­tifier face à des cri­tiques sur les réformes péda­go­giques, peur de laisser paraître ses propres inter­ro­ga­tions, peur de ne pas conduire l’entretien en pro­fes­sionnel, peur de la contes­tation des parents face à une sanction, peur de blesser les parents en énonçant des choses dif­fi­ciles à entendre sur leur enfant …" 

Ces peurs mutuelles montrent l’importance de la com­mu­ni­cation dans les com­pé­tences néces­saires à l’exercice du métier ensei­gnant : Tra­vailler ces tech­niques, se former est aujourd’hui indis­pen­sable. Il est sur ce point regret­table que l’actuelle « réforme » de la for­mation des ensei­gnants ait entraîné la sup­pression des modules existant depuis une dizaine d’années dans cer­tains IUFM. Construits avec les asso­cia­tions de parents d’élèves, l’UNAF , ces modules abor­daient notamment concrè­tement les démarches pos­sibles concernant les entre­tiens indi­vi­duels et col­lectifs avec les familles, les remarques sur les bul­letins, les dif­fé­rents modes d’informations pos­sibles des familles, le travail avec les diverses asso­cia­tions inter­venant dans ce domaine, afin de per­mettre aux ensei­gnants de se construire des gestes et des atti­tudes pro­fes­sion­nelles sur ces champs de compétence. 

Une mau­vaise com­mu­ni­cation et une col­la­bo­ration déplo­rable entre ensei­gnants et parents peuvent avoir des consé­quences redou­tables pour les enfants :

• Les mes­sages contra­dic­toires venant des ensei­gnants et des parents qui ne com­mu­niquent pas, peuvent nuire au déve­lop­pement de repré­sen­ta­tions men­tales claires de l’enfant ainsi qu’au déve­lop­pement de com­pé­tences parentales.

• La médio­crité de la relation parents-enseignants peut placer l’enfant dans une inco­hé­rence lourde de consé­quence ; celle-ci peut entraîner un déficit de sti­mu­lation et empêcher l’enfant de com­prendre les valeurs essen­tielles régissant une vie har­mo­nieuse en société.

Une com­mu­ni­cation réussie peut per­mettre à chacun d’avancer au service des enfants qui sont les pre­miers béné­fi­ciaires de cette com­pré­hension mutuelle.

• Elle peut mettre les parents en situation :

- d’une attitude plus positive par rapport à l’école et aux ensei­gnants et moins de stress lorsqu’il y a une réunion avec les enseignants ;

- d’une meilleure com­pré­hension des moda­lités péda­go­giques suivies par l’enseignant, des nou­velles com­pé­tences demandées aux enfants ce qui ne peut qu’avoir un reten­tis­sement positif pour l’enfant ;

- de se sentir valo­risés dans leur fonction et dans leurs responsabilités

- de déve­lopper chez eux un sen­timent d’appartenance à un col­lectif, à la com­mu­nauté éducative de l’établissement.

• Elle peut également apporter aux enfants :

- une meilleure aptitude à gérer la tran­sition entre le milieu familial et le milieu scolaire ;

- une meilleure confiance dans leurs capa­cités à intégrer les apprentissages ;

- moins d’émotion au vu des résultats sco­laires, moins de stress à venir à l’école même s’ils la res­sentent comme difficile

(...)

2) Comment construire des rela­tions de confiance entre parents et enseignants ?

La question de la construction de rela­tions de confiance entre les parents et les ensei­gnants est aujourd’hui une question cen­trale pour tous les établis­se­ments sco­laires pour donner plus de sens à l’école. Toutes les recherches menées en France et à l’étranger montrent qu’un dia­logue constant entre parents et ensei­gnants, ce qui implique de ne pas « convoquer » les parents que lorsqu’il y a une dif­fi­culté », mais de les « inviter à venir parler de leur enfant », qu’une véri­table coopé­ration, les uns s’appuyant sur les autres, entre les familles et l’école, permet un meilleur appren­tissage des jeunes et amplifie leur réussite.

Dia­logue entre adultes ne veut pas dire consensus « mou » per­manent, mais peut vouloir dire confron­tation exi­geante de points de vue contra­dic­toires, fric­tions qu’il faut dépasser pour qu’elles ne deviennent pas un conflit per­manent. Il faut passer d’une situation de défiance à une relation de confiance.

Les ten­sions entre parents et ensei­gnants sont nor­males. Elles font partie d’un pro­cessus normal compte tenu de leur dif­fé­rence de posi­tion­nement. L’enseignant a en charge la totalité d’une classe, donc doit prendre en compte l’intérêt général de tous les élèves. Le ou les parents ont en charge l’intérêt par­ti­culier de leur enfant.

Ce qui est inquiétant, c’est lorsque la tension débouche sur le conflit per­sistant, le refus de tout dia­logue, ce qui est une situation, hélas plus souvent ren­contrée aujourd’hui qu’auparavant compte tenu de l’angoisse de la très grande majorité des familles concernant l’avenir de leurs enfants.

Aucun des par­te­naires ne doit avoir peur de la confron­tation néces­saire. Se confronter, ce n’est se mettre dans une situation où il y aurait des conten­tieux impos­sible à régler, c’est avoir sur les jeunes des regards dif­fé­rents compte tenu de son rôle dif­férent vis-à-vis du jeune, c’est se connaître et se recon­naître dans sa fonction particulière.

Pour bien com­mu­niquer avec les familles, il faut bien être conscient que le jeune doit tou­jours être au cœur de la ren­contre, et qu’il faut tou­jours au préa­lable pré­ciser les règles de l’échange en termes de temps, de contenus et d’objectifs.

4) Comment aborder les dif­fé­rentes ren­contres avec les familles ?

Plu­sieurs types de ren­contres avec les parents d’élèves peuvent se pré­senter pour l’enseignant. Il y a les ren­contres cir­cons­tan­cielles : à l’entrée ou à la sortie de l’école ou du collège, lors d’une sorties éduca­tives. A côté, il existe des ren­contres obli­ga­toires à la rentrée et pendant l’année concernant le par­cours sco­laire du jeune. Il y a également les ren­contres sol­li­citées par l’enseignant pour évoquer le com­por­tement et/ou les résultats du jeune ou celles sol­li­citées par les parents. 

A l’occasion de chaque ren­contre, il y a un certain nombre de conseils qu’il peut être utile pour un ensei­gnant d’essayer de par­tager avec les parents d’élèves :

- Prendre le jeune tel qu’il est et non pas tel qu’on vou­drait qu’il soit

- Encou­rager, valo­riser les réus­sites même si elles sont minimes du jeune, ne pas être dans une cri­tique permanente

- Etre attentifs aux réus­sites qui se construisent en dehors du temps sco­laire afin de s’appuyer sur elles pour faire pro­gresser les apprentissages.

Pour com­mu­niquer avec les familles, il faut bien être conscient que le jeune doit tou­jours être au cœur de la ren­contre, et qu’il faut tou­jours au préa­lable pré­ciser les règles de l’échange en termes de temps, de contenus et d’objectifs.

Ce qu’il faut surtout ne pas faire lors d’une ren­contre parents/enseignants

• Se laisser acca­parer, déborder lors de la ren­contre et ne pas pouvoir déve­lopper les éléments essen­tiels à communiquer

• Adopter une attitude fata­liste vis-à-vis du jeune : « il n’y a plus rien à faire…. » « Son frère (sa sœur était déjà comme ça… »

• Se mettre en situation de se jus­tifier sys­té­ma­ti­quement pour prouver que sur tous les points évoqués, on est le seul à avoir raison et les parents ont tort.

• Blâmer en per­ma­nence l’attitude de la famille vis-à-vis de l’école

• Penser que l’on sera seul en capacité de résoudre tous les pro­blèmes. Il ne faut jamais hésiter de conseiller aux parents de consulter d’autres professionnels.

• Ne jamais faire appel à des « média­teurs » pos­sibles : délégués des parents de la classe, res­pon­sables de l’association de parents d’élèves de l’établissement.

• Si les parents deviennent plus agressifs, il ne faut surtout pas répondre sur le même ton.il faut maî­triser son com­por­tement face à des débordements

• Ne pas appa­raître comme très « ouvert » aux parents lorsqu’il s’agit de l’accompagnement de sorties ou des voyages sco­laires et « fermé » lorsque sont abordées les ques­tions concernant l’apprentissage des élèves.

Enfin, toute demande de ren­contre indi­vi­duelle ne doit pas prendre la forme d’une convo­cation, mais être pré­senté par l’enseignant comme un rendez-vous.

Il vaut mieux parfois se parler que d’écrire « à chaud », sous le coup de la colère après une situation dif­ficile. Le mot écrit laisse une trace inef­fa­çable. Il faut donc être extrê­mement prudent dans son utilisation.

Fatiha Ziane et Mehdi Hatri, deux pro­fes­seurs des écoles débu­tants du dépar­tement de Seine Saint-Denis insistent sur la nécessité de ne pas ren­contrer les familles que pour évoquer avec elles des dif­fi­cultés. Ils sou­lignent combien les parents ont peur d’être jugés par l’école et combien ils res­sentent le fait qu’on ne les convoque jamais pour leur dire « que tout va bien  »….. « Une per­sonne m’a dit « lorsqu’un ensei­gnant veut nous ren­contrer, c’est pour nous parler des pro­blèmes, c’est jamais pour nous dire que tout va bien ! » « Les parents ont trop souvent l’habitude de ne voir les ensei­gnants que lorsqu’il y a des pro­blèmes et jamais pour s’entendre dire que tout va bien ou que leur enfant a pro­gressé. Lors de ces convo­ca­tions, l’enseignant liste les pro­blèmes ou encore les mul­tiples imper­ti­nences de l’élève. Il est alors bien dif­ficile pour le parent de se sentir à l’aise dans cette situation ! Ils avouent res­sortir dépités de ces convo­ca­tions et il leur paraît plus simple d’éviter doré­navant l’enseignant en attendant que le temps amé­liore les choses. De plus, ils redoutent d’être perçus comme de « mauvais parents » et pré­fèrent rester dans l’ombre. »

Tenir un his­to­rique des ren­contres avec la famille. Les ren­contres avec les familles sont orga­nisées en vue d’une meilleure réussite du jeune. Il est donc important pour l’enseignant de tenir un cahier des ren­contres pour ne pas être pris au dépourvu par rapport à un ques­tion­nement précis de la famille faisant écho à une situation évoquée dans un rendez-vous précédent.

Dans cet his­to­rique, il apparaît indis­pen­sable d’indiquer pour chaque rendez-vous :

a) Qui a pro­voqué le rendez-vous ?

b) Quelles infor­ma­tions ont été données par l’enseignant, par la famille ?

c) Quelles ques­tions ont été laissées en suspens et doivent faire l’objet d’un entretien ultérieur ?

d) Quelles déci­sions ont été prises et comment s’est déroulé le suivi ?

e) Quelles sont les poten­tia­lités de travail en commun avec la famille ou quels sont les pro­blèmes posés par cet entretien ?

5) Le jeune doit-il être présent lors des réunions parents-enseignants ?

La question de la pré­sence du jeune pendant l’entretien parents/enseignants doit être posée.

Il ne peut y avoir de réponses géné­rales, mais on peut cependant tracer un certain nombre de pistes.

(...)

6) Comment se donner les moyens de réussir les réunions parents-enseignants ? (...)

7) Comment accueillir les parents non-francophones ? (...)

8) Comment per­mettre aux parents d’épauler, d’aider leurs enfants ?

Tout parent peut être en capacité d’aider son enfant. Il ne faut pas que l’enseignant hésite à valo­riser cer­taines démarches sus­cep­tibles d’aider à ouvrir l’esprit de l’enfant. Les enquêtes montrent que les enfants à qui les parents racontent beaucoup d’histoires, ont ou feuillettent des livres, apprennent plus faci­lement à lire. Il faut indiquer aux parents que s’il n’y a pas beaucoup de livres à la maison, expliquer à l’enfant l’histoire fami­liale, des légendes orales, des contes, peut avoir le même rôle et avoir un impact positif fort pour l’avenir de l’enfant. La culture, c’est aussi la connais­sance de sa propre his­toire, c’est « savoir d’où l’on vient ». Donc, même sans livre, on peut rendre son enfant « cultivé ». 

(...)

Les parents ont un rôle décisif :

- pour orga­niser le cadre de travail, grâce à une heure régu­lière pour les révi­sions , radio et télé­vision éteintes, pour faci­liter la concen­tration, en aidant à pré­parer le car­table en fonction de l’emploi du temps et en véri­fiant les four­ni­tures, en laissant l’enfant se reposer lors des petites vacances, en dehors de ce qu’a recom­mandé l’enseignant ;

- pour ras­surer l’enfant en lui mon­trant la cohé­rence entre la famille et l’école, en demandant à l’enseignant de pré­ciser le travail per­sonnel attendu des enfants, en res­pectant les demandes en four­ni­tures de l’enseignant, en évitant de cri­tiquer devant l’enfant ce qui se fait en classe, ce qui peut le per­turber. Les désac­cords entre adultes se règlent entre adultes ;

- pour encou­rager, sou­tenir l’enfant, en ayant confiance dans ses capa­cités, en com­prenant que se tromper n’est pas rédhi­bi­toire, mais est partie pre­nante des appren­tis­sages, en accueillant posi­ti­vement toutes les ques­tions de l’enfant, en parlant avec l’enfant, en ren­con­trant les res­pon­sables de l’association concernée si l’enfant est accom­pagné dans son travail personnel…..

9 ) Comment annoncer une nou­velle « dif­ficile » aux parents ?

(...)

10) Comment montrer aux parents qu’il doit exister un « jardin secret » partagé dans la classe entre les ensei­gnants et les élèves et que tout ne peut être dit aux familles ?

Est-ce que l’enseignant doit tout dire aux parents de ce que fait l’élève dans la classe ou lors d’une sortie sco­laire ? Est-ce que les parents doivent tout dire aux ensei­gnants de ce qui se passe à la maison ? Etre tota­lement trans­parent risque de ne pré­server aucune intimité, aucun espace privé chez le jeune, ce qui est for­tement pré­ju­di­ciable dans la construction de sa per­sonne et de son autonomie.

La question de la construction de l’espace privé du jeune pose aussi un certain nombre de questions :

- Comment aborder la majorité civique du jeune, sa res­pon­sa­bilité en même temps que le maintien d’un dia­logue, d’une col­la­bo­ration avec ses parents ?

- Comment aborder les ques­tions concernant la santé, la sexualité des adolescents ?

- Comment gérer les contra­dic­tions entre les mes­sages sco­laires et les pra­tiques fami­liales tout en per­mettant à l’élève de construire librement ses choix ?

L’enseignant, le parent, l’enfant, chacun a sa part privée qu’il doit pouvoir pré­server de toute intrusion même bien pen­sante. Des repères expli­cites doit per­mettre de baliser l’espace pour per­mettre au jeune de construire son propre espace. Il faut admettre que l’école accom­pa­gnant la néces­saire auto­nomie de l’enfant et de l’adolescent soit amenée parfois à pro­téger l’espace privé du jeune en oppo­sition avec l’espace privé de la famille. 

On ne peut pas tout dire à la famille concernant ce que fait un jeune dans la classe, notamment lorsqu’il s’agit d’un ( e ) ado­lescent ( e). Le jeune, pour grandir, pour déve­lopper son « estime de soi » doit avoir confiance dans le monde des adultes et dans les ins­ti­tu­tions. Elle ou il a besoin de se sentir « libres » dans ses dif­fé­rents espaces et de pouvoir pré­server son intimité.

Chacun doit voir res­pecter son intimité. Le jeune dans sa vie quo­ti­dienne qui ne doit pas se sentir sous sur­veillance vingt quatre heures sur vingt quatre sans aucun espace « intime ».

La famille qui doit pouvoir, dans le respect des lois répu­bli­caines, déve­lopper ses cou­tumes, ses habi­tudes, son intimité, sans se sentir en per­ma­nence jugée. L’enseignant qui doit refuser de répondre à toute question sur son « espace intime », sa vie privée, sa religion….. La classe, l’établissement sco­laire qui est aussi un espace d’intimité, de confi­den­tialité pour le jeune comme pour l’enseignant. Il faut rejeter le modèle qu’on voit se déve­lopper dans cer­tains pays où une caméra est branchée en per­ma­nence sur la classe qui peut par internet être consulté par les parents. 

Un ensei­gnant peut donc légi­ti­mement expliquer à des parents qu’il ne répondra pas à leur question concernant au côté de qui le jeune Y. était assis pendant le cours ou à coté de qui la jeune Z. s’est ins­tallée durant la sortie en car, de la même manière qu’il ne leur demandera pas quels sont les amis qui sont venus la ou la voir durant le week-end à leur domicile. S’ils veulent en parler, c’est aux jeunes de le faire, mais il apparaît important de montrer que la confi­den­tialité par­tagée sur cer­tains sujets et cer­tains moments est aussi un élément qui fait partie de la construction du futur ou de la future adulte.

L'article complet ici: Café Pédagogique