INDICATIONS THEORIQUES

 

Maison/Ecole : Continuité Educative

2 Mars 2010

 

Indications théoriques

 

Le champ familial puis le champ scolaire : construction de la pensée

 

Le champ familial introduit la filiation, c'est le champ de la transmission et de l'affiliation. L'enfant se construit dans ce champ et met en travail la « capacité à être seul » en référence à WINNICOTT.

 

Puis au contact du champ scolaire, l'enfant est amené à penser « je suis avec les autres pas seulement pour les utiliser, je suis avec les autres pour être ensemble ». Il puise dans cet extérieur, le confronte à ce qui le constitue (à ce qu'il a construit, à l'interne), ce qu'il l'amène au discernement, à la pensée réflexive. Chez les touts-petits cela débute par les sensations, précurseurs de la pensée.

 

Qu'est-ce que sont les limites?

 

Les limites scolaires ne peuvent pas se mettre en place sans limite à la maison. Chez les touts-petits les limites sont la mise en place des rythmes de vie (sommeil, repas, etc.). L'absence de limite entraine confusion et angoisse.

 

L'enfant a besoin de l'Autre pour exister, pour se construire. D'abord dans l'individuel (égocentrisme jusque 7 ans selon PIAGET) puis avec les autres (extériorisation).

 

Les limites dans le cadre familial sont forcément différentes de celles du cadre scolaire. Apprendre à 3,4 ou 5 par exemple n'est pas la même chose qu'à 30. D'autant plus que le groupe réduit la barre des limites (effets d'entrainement).

 

La maternelle c'est faire du contenant avant de faire du contenu.

 

Action de ces deux champs est complémentaire et non en rivalité, complémentaire car différente de part la taille du groupe, les valeurs diffusées. Ceci implique d'accepter cette complémentarité et d'être ouvert sur ces différences d'action. De même pour l'autorité: il est primordial de ne pas remettre en question l'autorité de l'autre (comme entre 2 parents) au risque que l'enfant s'appuie sur cet espace de divergence.

 

Les limites sont là pour apprendre à différer le « tout tout de suite », à tolérer la frustration et à supporter le manque. La problématique aujourd'hui est la réduction du plaisir au besoin. Nécessité de laisser un écart entre les 2, nécessité malmenée par une société de consommation et des sollicitations permanentes. Ceci implique que l'adulte soit déjà à même de faire le tri.

 

Les limites ce sont aussi être à la bonne place, place de l'enfant (pas en place d'enfant éternel, pas en place d'adulte) où intervient la notion d'autonomie.

 

De cela l'enfant réalise un tricotage entre ce qui est donné par le champ familial et ce qu'il ressort de la confrontation avec l'extérieur (il s'en nourri). A l'adolescence débute la pensée suivante: « ce n'est pas parce que je ne pense pas comme mes parents, qu'ils ne m'aiment plus ». Prendre le risque de s'opposer au milieu familial implique que l'enfant est assuré qu'il n'y aura pas de mésalliance avec celui-ci. Construction de l'individu au travers de l'influence pas de l'emprise. En cela les enseignants ne remplacent pas le parent mais apporte autre chose, l'affect mis en jeu étant différent.

 

 

Notion de responsabilité

 

Elle s'acquière si sécurité affective et cadre sécurisant (limites) ont été mis en place et constituent le contenant qui va permettre le contenu (discernement). Pendant longtemps l'enfant use d'un double pour faire porter cette responsabilité (« c'est pas moi, c'est lui »).

 

Débat:

 

  1. Que doit-on penser d'un enfant qui ne veut rien raconter de l'école, qui ne dit rien de l'école?

     

    C'est l'enfant qui choisit: quand il est prêt, de son jardin secret (décide quand et quoi). Il y a une nécessité que le parent n'ait pas accès à toute la pensée de l'enfant afin que celui-ci puisse se construire.

    Par ailleurs, les enfants font des choses en groupe qu'ils font différemment ou pas seul (impact des limites diminue en groupe) et penser que l'on connaît son enfant parce qu'on l'a fait est illusoire.

     

  2. Comment se comporter face à ce qu'on ne voit pas? Le vivre ensemble, peut-on revenir dessus?

 

Importance de s'écouter. L'affectif n'est pas le même, se rapporte à la notion de tiers. Dire d'une autre manière, introduire une autre forme de pensée. Apprendre à penser différemment et à respecter l'autre.

 

  1. Est-ce réellement ce qui est appris actuellement dans les écoles?

 

Nécessité de se remettre en question. L'état de crise permet de se repositionner. Ne pas confondre en cela enseignants et institution.

 

  1. Peut-on évoquer cet état de crise avec l'enfant?

 

Vigilance à ne pas le faire trop tôt. La différence entre enseignants représentatifs d'une institution et institution représentative d'un état n'est pas discernable chez l'enfant. Amalgame qui peut conduire l'enfant à percevoir une remise en question de l'enseignant (globalise enseignant/institution).

 

  1. Par rapport à l'importance de préserver le jardin secret, comment faire face en tant que parents à Facebook et quid du contrôle parental?

     

    Laisser l'enfant ou l'adolescent avoir un jardin secret ne signifie pas pour autant l'absence de cadre à celui-ci, cadre fait de limites prédéfinies. Sécurisante pour le jeune à un double niveau (limite intérieure et préservation d'agression extérieure).

     

  2. Lorsque la décision parentale est de ne pas s'inscrire dans le système de consommation, quels sont les « risques pour l'enfant »?

 

Revendication, surtout à l'adolescence, de l'appartenance sociale (idée de clone). L'exclusion d'un système peut amener l'enfant à chercher des biais à l'extérieur (conduites à risque par exemple). Importance de trouver un juste milieu selon ses propres critères mais qui ne soient pas à l'extrême non plus de l'extérieur au champ familial. Cela implique aussi de pouvoir donner son sens aux décisions prises sans critiquer la position d'autrui. La limite c'est un sens donné aux interdictions. Ce sens n'est pas le même et pas donné de la même façon selon les âges de l'enfant.

 

  1. Question de la monoparentalité dans la construction de la pensée.

 

Un enfant, qu'il ait 1 ou 2 parents, possède des figures d'attachement. CYRULNIK parlait de tuteurs. Le champ social revêt alors son importance. Et puis il y père ou mère et fonction de. Nous en revenons à la notion de tiers, l'autre séparateur. Ex: le père comme séparateur mère- enfant, l'école ou crèche comme séparateur famille-enfant. Permet de se tourner vers l'extérieur, de ne plus être égocentrique, de grandir avec toutes les notions que cela implique (autonomie, pensée, etc.).

 

  1. Qu'en est-il à l'adolescence?

 

Autorisation parentale à être heureux ailleurs mais aussi nécessité de reposer les limites.

 

  1. Système éducatif: parallèle aujourd'hui/1968.

 

Avant 1968 notion de conditionnement remise en question en 1968 puis interprétation libre des énoncés de l'époque. Aujourd'hui retour en arrière.

 

  1. Comment développer l'esprit critique de l'enfant.

 

La formation continue des enseignants, la formation initiale pauvre en psychologie développementale de l'enfant font défauts.

Le symbolique est un travail autour de médiateurs qui permet de décharger et d'éviter la réaction (passage à l'acte). Le fantasmatique permet de penser l'agir et de ne pas agir ce que l'on pense.

L'enfant est une éponge, il emmagasine toutes les stimulations de l'extérieur. Sa difficulté est d'arriver à faire le vide par rapport au plein. Une régulation de l'adulte est indispensable.

Le symbolique commence vers 2 ans ½ dans le jeu du « comme si ». La maternelle est en cela importante et ne saurait être remplacé par des jardins d'éveil si conçus comme garderie.

 

  1. Comment poser des limites dans une société qui n'a plus de règles?

 

Même si l'on remonte à contre-courant, nécessité de verbaliser, d'accompagner ce qui est vu, ce qui est fait avec notre sens propre, notre limite.

 

  1. Quand il n'y a pas eu de limites avant, que fait-on au niveau de l'école?

 

C'est difficile. Il n'y aura pas de fonction de remplacement cela dit importance qu'elles soient poser tout de même.

 

  1. Comment tenir, gérer, tout au long de la journée? Comment rester cohérent?

 

Importance de reconnaître ses imperfections. Différencier quantité/qualité. Tenter de son mieux de maintenir une cohérence (qualité) mais l'essentiel est qu'il y en ait une sans toutefois s'astreindre inutilement à envisager un quota (quantité).

 

  1. Notion de place.

 

Question de la projection. L'enfant n'est pas toujours le même et reste identique à lui-même pour autant à l'intérieur (ex de l'habillement: pas même tenue maison, travail, vacances et pourtant toujours le même individu). Importance d'avoir été sécurisé petit, porté ou « holding » de WINNICOTT pour se séparer, être relié pour se délié.

 

  1. Notion de mimétisme.

Sécurité intérieure pour le dépasser: je suis comme toi même différent. Aller au delà de la peur d'être différent et de ce que cela sous-entend (non renonciation à la filiation, ce qui nous vient de nos parents n'a pas disparu mais se trouve transformé).

 

  1. Que mettre en place, en tant qu'enseignant, pour palier au cadre insécurisant de la maison?

 

Restauration impossible puisque implique l'insertion dans champ familial. Mais travail autour de la responsabilité, de la confiance. Imposer des règles avec rigueur mais avec bienveillance et fermeté mêlées. Travail en petits groupe pour une réassurance. Mettre suffisamment d'affects sans trop vouloir: empathie sans sympathie. Savoir que rien est acquis et que la construction de l'individu en passe par des allers/retours et répétitions du cadre, des limites.

 

  1. Demande forte de l'école/suivi, implication des parents: double pression pour l'enfant.

 

Tout apprentissage doit être réactivé le soir pour rester en mémoire. Tout ne s'apprend pas avec le ludique. Chercher de l'information reste une étape, réfléchir dessus et se l'approprier en sont une autre.

L'adolescence est faite de changement physiologique et psychique, risque d'identification négative par exemple: « j'ai des mauvaises notes, je suis mauvais, je suis quelqu'un de mauvais ». Attention alors à ne pas rajouter, à ne pas focaliser.

L'adulte et les devoirs, savoir repérer le moment favorable puis tenir une exigence (cadre souple mais limite).

 

 

 

Animation-débat organisée par l'ADEP (Amis et Défenseurs de l'Ecole Publique)