RASED: Les bons comptes ne font pas toujours les bons amis...par Marie-Cécile

Les bons comptes en font pas toujours les bons amis.. Par Marie-Cécile

Nous avons décidé, nous personnels des RASED considérés comme Restes Ajustables Soumis à Extinction et Disparition de ne pas donner ni faire remonter nos chiffres d’activité cette année.

Pourquoi ?

Une partie d’entre nous avait déjà décidé de ne plus faire de projets : sans avenir, pas de projet ! nous refusons maintenant de donner nos chiffres ! On nous somme de faire du chiffre comme si on fabriquait des chaussettes. On nous laisse miroiter qu’avec de bons chiffres, on pourrait peut-être sauver quelques postes et jusqu’à quand ? Mais on a déjà vu ça chez les fabricants de chaussettes justement chez Dim ou Good Year (à moins que ce ne soit Michelin ou Continental ) :

Vous n’êtes pas compétitifs ! “Les autre travaillent plus pour moins cher !

Renoncez à vos 35 h, à vos pauses et à vos primes, ce sont vos privilèges qui vous tuent ! ” Et on renonce, et on commence à regarder le voisin d’un sale œil parce que bien sur, lui qui a pris sa journée hier, il va faire baisser le rendement et peut-être que c’est notre atelier qui sera fermé et pas l’autre ! pourtant nos chiffres à nous sont meilleurs ! Et l’usine ferme quand même !

Et on n’a même pas la satisfaction de s’être battus et tenus debout, solidaires et dignes.

Les chaussettes en moins, on nous fait exactement la même chose.

On nous sussure qu’avec de “bons” chiffres, sous entendu une “bonne” pratique, on pourrait être sauvés alors que les décisions sont déjà prises. On appelle ça du double lien je crois et ça rend fou.

Parce que le comptage c’est le début de la maltraitance. Parce que dans notre pratique 1 n’est pas égal à 1.

Un enfant un seul, peut nous mobiliser 10 fois plus qu’un autre mais si s’occuper de lui sauve la classe on le fait valoir trente ?

Que nous, entre nous, on regarde ce qu’on fait en se servant de nos chiffres accompagnés de nos remarques, certes. Si par exemple, on s’aperçoit au terme de trois années de travail régulier sur une maternelle qu’on a moins de demandes d’aide sur les CP eh bien tant mieux pour nous et pour les enfants aussi ; on aura gagné quelque chose ! Mais pour l’inspecteur, cela voudra dire qu’on a moins besoin de Rased sur cette maternelle puisque les demandes au CP sont en baisse ! CQFD !

On n’a pas à prouver notre utilité, on l’a déjà fait, et plus d’une fois. Il existe des études là dessus. Les chiffres, ils s’en serviront de toutes les façons contre nous.

Rappel : il existe une étude sur la corrélation entre la taille des classes et la réussite scolaire ; ils l’ont mise au pilon ! Et notre grand comptable en chef de dire en se rengorgeant ; “des études récentes montrent qu’il n’existe aucune corrélation etc..

Quelles études ? il s’en fiche ! il dira n’importe quoi : lui il compte et il enterre ! Et si son prédécesseur ne connaissait pas la règle de trois, lui en calcul, il ne connait que la soustraction.

On n’est pas obligé de se faire du mal en passant notre vie à nous justifier. C’est comme ça qu’on creuse sa propre tombe. Recommençons à croire en nous même sans ces maudites petites croix qu’on nous demande de mettre partout comme si on était les gardien(ne)s de nos propres cimetières !

Attention aussi aux demandes des syndicats qui en CAPD (commissions paritaires) défendraient mieux les poste s’ils étaient argumentés :

On nous fait encore le coup du “dans l’atelier d’à côté"

Au nom de quoi va-t-on décider que le Rased de la 15 B sera supprimé pour conserver celui de la 20°A ? Parce que si on en est là, je peux aussi aller lui casser les jambes à celle de la 15 A. Non ?

Nous on veut tout conserver et même on en veut plus ! En matière de nombres de personnels de Rased moi ma seule ligne politique est celle du poussin masqué de Claude Ponti :

“Quand c’est bon c’est jamais trop !”

Petite histoire de chiffres pour finir (provisoirement). Avant d’être rééducatrice, je travaillais sur un centre d’enfants handicapés. Une mienne inspectrice avait réduit nos effectifs sur le papier d’une manière fort originale : tous mes élèves avaient des séances de kiné, d’orthophonie, d’ergothérapie voire de Psy sur le temps scolaire eh bien chaque enfant ne valait plus 1 mais 0, 75 ou pire. Retranchez 3h 10 de 27 h et faites les calculs. Je me retrouvais non pas avec 7 enfants mais avec 5, 82. Ce qui était curieux c’est qu’à l’inverse on ne pouvait pas rajouter les enfants qu’on recevait en post opératoire. Pourtant ça aurait pu être rigolo de rajouter trois enfants à 92 pour cent sur 32 pour cent de l’année. Et pas question non plus de rajouter les heures de synthèses ou les dimanches qu’on y passait pour ramasser un peu de fric parce que pour une obscure raison de secteur géographique mal défini j’ai travaillé là trois ans avec zéro centimes de subventions pour le matériel scolaire pas même un stylo !

Je me rappelle de la sortie de la chef de service à qui je portais mes doléances :

- “Et comment faisiez vous avant l’invention de l’informatique ?

- Moi : “et vous ? Avant les scanners ? ”

J’ai toujours refusé d’entériner ce genre de truc mais certaines collègues le faisaient et se cassait la tête à calculer mais que calculait-elle ? la valeur de leur travail ou bien la chance qu’elles avaient de n’avoir que si peu d’élèves ? Ou d’y mettre tant d’énergie et d’abnégation ?

Rappelez vous bien : ils parlent d’extinction des psychologues scolaires mais c’est pas les espèces en voie de disparition qu’on comptabilise ? Un tigre, deux lions, un rééducateur, deux psy … les “Hérréros” et les peuples “Patagons” quand on les éradiquait c’était leurs mains coupées qu’on comptait.

Oh j’ai dit un gros mot ? mille excuses c’est pas de l’éradication ? C’est de la réorientation sociale …. ou de la revalorisation de potentiel-je-sais-pas-quoi ; j’arrive pas à retenir la nov langue de notre petit comptable châtelain : désolée.

Marie-Cécile

A lire sur RASED en lutte: http://rased-en-lutte.net/2010/06/les-bons-comptes-en-font-pas-toujours-les-bons-amis/