Quel rapport qualité/prix pour l'école gratuite ?

Quel rapport qualité / prix pour l’école gratuite ?

Posté par Marlène Schiappa
le 4 septembre 2009 à 8 h 38 min

Montessori, écoles bilingues, maîtrises, écoles religieuses… la rentrée fait la part belle à l’enseignement privé ou « alternatif ». Mais que reste-t-il à l’école publique? 

 


Depuis les lois Ferry de 1881 et 1882, l’école primaire est gratuite, laïque et obligatoire pour les garçons et filles de 6 à 13 ans. Mais face à l’offre pléthorique d’éducation payante ou alternative, vaut-elle encore quelque chose ?
Stéphanie François est présidente de l’association des parents d’élèves de son village de la Loire depuis 2 ans. Satisfaite « à 200% » de son choix de mettre ses enfants à l’école publique, ancienne parisienne, elle avoue pourtant être privilégiée : « C’est une petite école familiale, le matériel est fourni, les enseignants sont proches des parents et très impliqués, et la mixité sociale est garantie. » Elle confesse « si j’étais restée en région parisienne, j’aurais sûrement opté pour une école privée. Mon mari était policier et je n’ai pas envie que mes enfants se fassent agresser à l’école, comme ça a été le cas pour des collègues à lui. » L’école publique gratuite, oui, mais pas n’importe laquelle.

Toutes les écoles ne se valent d’ailleurs pas, au sein d’une même région. Entre les maternelles flambant neuves avec mini-toilettes, quatuor à cordes pour Noël et classe de 22 élèves dans les quartiers huppés; et celles des villes plus pauvres où les enfants font la sieste à même le sol sur un petit tapis par manque de budget (« 35 élèves, 30 lits seulement et pas les moyens d’investir  au niveau de la commune» confie une ADSEM horrifiée) c’est la loterie. Ce qui enjoint certains parents à se tourner vers les écoles payantes, privées ou alternatives.

35 élèves pour 30 lits dans le public

David, parent de trois enfants scolarisés dans les Yvelines, s’est penché un temps sur les écoles privées bilingues à 500 € par mois en moyenne. « Mais il n’y a que quelques heures d’enseignement d’anglais ! J’ai vite compris que le prix prohibitif était en fait destiné à exclure les personnes aux revenus moyens ou faibles. Ou comment, dès l’enfance, l’élite financière ne se mélange pas avec la plèbe. » Il a donc inscrit ses enfants à l’école dite communale et en a profité pour leur offrir une heure d’Anglais chacun par semaine. « A 15 € de l’heure, soit environ 2250 € à l’année, j’économise encore : l’école bilingue pour trois enfants, ça faisait 15 000 € par an ! A peine moins que le salaire net de mon épouse. » ironise le père de famille, qui espère ainsi que ses enfants auront le niveau requis pour entrer dans un collège prestigieux.

Comme lui, Irène s’est posé la question pendant la dernière année de nourrice de sa fille avant de trouver une réponse : Montessori. Cette école privée laïque sous contrat, présentée comme bilingue et libertaire, est directement inspirée des théories de Maria Montessori, inventrice de l’école maternelle. En plus de l’enseignement « classique » (mais « en s’amusant et en respectant le rythme et les dons naturels de chaque enfant», précise-t-on sur les brochures de présentation)  plusieurs activités extra-scolaires sont proposées.

Montessori : yoga pour les  3-6 ans à 550 €

Ainsi, dans une de ces écoles Montessori du centre de Paris, vous pouvez inscrire en sus votre enfant de 3 ans au yoga pour la modique somme de 500 € + 50 € de frais d’inscription. Consciente que ce tarif est exorbitant pour un quidam, de surcroit pour une famille nombreuse, Irène pense avoir trouvé une solution : « Il suffirait d’augmenter les subventions octroyées aux écoles privées et tout le monde pourrait y  mettre son enfant ! »
En effet, l’article 89 de la réforme du 13 aout 2004 sur le mode de financement des écoles privées parle d’ « inégalité entre les écoles privées et les écoles publiques » (en clair, les écoles privées seraient lésées par rapport aux écoles publiques puisque ces-dernières profiteraient de plus larges subventions) pour justifier l’octroi de financements publics aux écoles privées laïques, mais aussi religieuses. « Et bien que cela soit contraire à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, puisque celle-ci précise que ‘’La République ne reconnaît ne salarie ni ne subventionne aucun culte ‘’ » bondit Justine.

Cette professeur des écoles doit garder l’anonymat en raison du « droit de réserve » propre aux fonctionnaires (leur interdisant toute critique publique) mais elle analyse : « La théorie Montessori est bien belle, mais le but de l’école est de donner un cadre à l’enfant ! Si Théo veut faire du dessin à 10 heures 30, il ne fera pas de dessin à 10 heures 30, il en fera à 15 heures comme toute la classe. L’école apprend la vie, et dans la vie, vous ne pouvez pas lâcher votre bureau pour aller faire du chant choral quand l’envie vous prend ! Alors si des parents veulent éduquer leurs enfants comme ça, libre à eux, mais pas en se servant dans la maigre tirelire de l’école publique ! »

Pour elle, si on consacrait le budget alloué aux écoles privées aux écoles publiques, chacun pourrait être scolarisé dans les meilleures conditions. En effet, ce sont plus de 300 millions d’Euros de fonds publics qui sont ainsi utilisés pour financer l’enseignement privé. Pour Justine, « au détriment des familles qui ne peuvent y scolariser leurs enfants pour des raisons financières ou tout simplement par conviction. »

16 000 postes d’enseignants supprimés en 2010 (et un nombre d’élèves pas classe “préoccupant”)

Dans une pétition lancée conjointement par de multiples organisations d’enseignants, de parents, de citoyens, (DDEN, FCPE, FO Union Départementale, FO Enseignement, FSU SNUIPP, Libre Pensée, Ligue des Droits de l’Homme, Ligue de l’Enseignement, SDEN CGT, SGEN CFDT, UNSA…) relayée sur le blog du Cercle Pierre Mendès France de l’agglomération de Troyes, il est demandé l’arrêt pur et simple de ce mode de financement, arguant que « la commune n’a pas à financer le choix de certains parents de ne pas scolariser leurs enfants à l’école publique ».

Enfin, Irène, qui vit dans le 7ème arrondissement de Paris, l’affirme : si les classes des écoles maternelles étaient moins surchargées, elle n’aurait même pas envisagé de se tourner vers une éducation payante. Comme elle, 39% des parents jugent le nombre d’élèves par classe « préoccupant » depuis 2005, d’après un sondage TNS Sofres. Ils vont devoir prendre leur mal en patience :  Xavier Darcos annonçait en juin dernier à La Tribune que plus de 16 000 postes seraient supprimés dans l’éducation nationale sur l’année 2010.

Marlène Schiappa