Michel SERRES : "On détruit notre école pour de mauvaises raisons"

Publié le 08/02/2011 08:11 | Recueilli par Christine Roth-Puyo

"On détruit notre école pour de mauvaises raisons"

Michel Serres, enseignant, philosophe


"On détruit notre école pour de mauvaises raisons"

Michel Serres ne décolère pas. La casse de l'Éducation nationale, les profs et les instits « les plus mal payés de France, sans cesse critiqués de toute part »… Lui l'enseignant, maître de conférence à Stanford, lui le fils de paysan, entré à l'École normale supérieure en 1952 est outré et sort de ses gonds. « Eh bien merde » résume le Gascon des bords de Garonne avant de détailler un peu plus son propos.

Que penser de cette faillite de l'Éducation nationale ?

De quelle faillite parlons-nous ! A-t-on si vite oublié que la France est le premier pays au monde au nombre de ses prix Nobel ? A-t-on si vite oublié que les lycées français ont un succès fou à l'étranger ? Moi-même, je suis enseignant à Stanford, la deuxième université au monde, mon département est le mieux classé. Je ne vois pourtant aucune différence entre ce que je faisais à la Sorbonne et ce que je fais aux États-Unis. La France veut prendre exemple sur les USA, mais les gens qui le font ne voyagent pas. Sait-on que là-bas il n'y a plus ni primaire, ni secondaire, c'est la m… totale. Et les universités recrutent à l'étranger. C'est un peu comme nos équipes de rugby ou de basket… Ce que je veux dire c'est qu'on détruit l'Éducation nationale pour les mauvaises raisons. Ce sont les inexpérimentés qui régentent les expérimentés.

Comment interpréter cette crise des vocations qui touche aujourd'hui le métier de professeur ?

Je vous retourne la question : comment accepter de rentrer dans un métier quand on sait que l'on sera le moins bien payé de France, placé sous le feu de critiques et empêché de faire son boulot ? Et merde ! Tous les professeurs et les instituteurs font bien leur travail. Tous nous aimons les gosses et les matières que nous enseignons. Attention à cette actualité qui, sans cesse, pervertit la réalité. Elle est à l'image de ces classements de films ou de livres, les plus vendus chaque jour et qui sont, la plupart du temps, des navets. C'est comme si nous vivions devant un miroir déformant nous empêchant de percevoir le juste enseignement.