Maternelle et élémentaire: la saignée à blanc !

 

Maternelle et Élémentaire : la saignée à blanc !

On vient d’apprendre que l’enseignement primaire est saigné à blanc dans les annonces de postes faites pour 2011 : moins de la moitié des recrutements par rapport à 2010 : 2 916 postes de professeurs des écoles sont proposés contre 6 577 l’année dernière (1). À titre d’exemple, l’académie de Versailles qui est l’une de celles où il y a le plus d’élèves, passe de 750 postes à 480 (2) ! C’est dramatique pour les jeunes qui envisagent de passer ce concours. Mais c’est aussi terrible pour les enfants et les familles. Car la natalité se maintient et augmente, même par rapport au baby-boom de l’an 2000 (796 000 nouveaux nés en 2008 contre 774 800 en 2000 – chiffres Insee). Et environ 11 000 professeurs des écoles partiront en retraite en septembre 2011. Qui va enseigner à ces élèves ?

La tactique, pour le gouvernement est double. D’ici à un an ou deux, au nom de l’autonomie des établissements, l’État veut obliger à des recrutements locaux d’enseignants vacataires (pour les établissements qui le pourront selon les dons du privé, des familles et des collectivités locales). Cette application de la conception européenne des services rendus aux publics dans un fonctionnement marchand est une trahison envers l’école de la République, un gâchis face aux besoins d’une nouvelle étape de démocratisation scolaire. À court terme, le gouvernement veut fermer les classes de toute petite, petite et moyenne section de maternelle pour récupérer les postes en élémentaire et y maintenir un nombre d’enseignants tolérable face aux élèves. C’est déjà ce qui s’était passé depuis le baby-boom de l’an 2000, où ce sont les élèves de deux ans, puis trois ans (et même des quatre ans dans les zones à plus faible densité) qui n’ont plus été accueillis.

C’est dramatique car aucune structure ne peut mieux que l’école maternelle permettre le développement de l’enfant par le biais du savoir, lui faire acquérir ce qui est indispensable à l’entrée au CP (savoir découper, tenir un stylo, classer des éléments par critères, reconnaître des sons, identifier les étapes d’une histoire…). La scolarité obligatoire dès l’âge de trois ans (et la scolarisation dès deux ans pour les familles qui le souhaitent) est nécessaire pour avancer vers l’égalité de réussite scolaire, pour préparer chacun à une scolarité longue, indispensable dans un monde où les savoirs seront plus complexes. Créons des collectifs de lutte, école par école, pour obtenir l’ouverture des classes nécessaires à cette scolarisation.

Avant deux ans, les naissances se poursuivant, l’exigence grandit de création d’un service public de la petite enfance pour à la fois harmoniser les structures existantes et déployer les capacités d’accueil sur tout le territoire national. Ces structures sont un atout pour le développement de l’enfant. Elles le sont aussi pour libérer les couples, et en particulier les jeunes mères dans leur vie sociale et professionnelle.

L’augmentation des effectifs montre un défi : répondons-y non par le marché, mais par le service public d’éducation, comme un enjeu de civilisation !

(1) http://www.education.gouv.fr/cid52536/postes-offerts-aux-concours-de-recrutement-2011.html.

(2) Les chiffres par académie : http://www.education.gouv.fr/cid4438/postes-offerts-aux-concours-externes.html.

Par Emilie Lecroq, Saint-Denis, 
réseau école du PCF