Le temps est venu d'un grand projet éducatif nouveau, par Pierre Frackowiak

par Pierre Frackowiak lundi 17 octobre 2011

Le temps est venu d’un grand projet éducatif nouveau.

 

 

Philippe Joutard me communique, avec ses commentaires, le sondage lancé récemment par Marianne et par la revue Histoire sur l’état de l’école. Educavox publiera prochainement un entretien avec cet historien éminent qui a exercé des responsabilités très importantes dans le système éducatif, qui a notamment piloté la longue concertation pour la mise au point des programmes de 2002.

Signalons au passage que parmi les raisons qui le conduisent à échanger avec l’auteur de ces billets hebdomadaires, on trouve son accord souvent enthousiaste (« Bravo. Bravissimo ! ») avec les idées qui y sont exprimées.

 « La grande question sur les missions éventuelles de l’Ecole révèle l’ampleur des attentes de l’opinion publique à l’égard de l’Ecole et un grand consensus.

 Sur les douze missions proposées, onze sont largement plébiscitées par plus de huit français sur dix et parmi elles sept par neuf Français sur dix.

 A côté des grandes missions classiques et évidentes, enseigner les savoirs de base et développer une culture générale, on sera frappé, signe des temps, par l’appui de l’opinion à des rôles moins traditionnels comme le goût d’apprendre, en deuxième position, l’apprentissage de la sociabilité, en quatrième position, ou plus surprenant encore, ce développement de la confiance en soi.

Mais n’est-ce pas la prise de conscience que l’estime de soi est un facteur important de réussite scolaire, comme ne cessent de le rappeler les psychologues ? » 

 

Le constat d’un certain consensus me conforte dans ma double conviction :

 1° il n’y aura pas de grand projet éducatif sans un accord transcendant les clivages politiciens, sans une mobilisation de l’ensemble de la Nation pour construire son avenir, sans s’inscrire dans la durée, sans une vision prospective et une réflexion sur « l’honnête homme » du 21ème siècle. Il faudra donc un grand débat, un vrai, avec un plan d’information des citoyens pour que chacun s’élève au-dessus des opinions de café du commerce, des certitudes, de la nostalgie. Il faudra un accord sur les finalités et les objectifs généraux.

 2° il ne suffira pas de multiplier les slogans et d’énoncer des généralités.

  • Recréer les postes… Certes ! Mais pour quoi faire et comment ? La même chose qu’avant ?
  • Doter les établissements d’équipements informatiques. Certes ! Mais pour quoi faire ? La même chose qu’avant, simplement teintée de modernité ?
  • Recréer une véritable formation professionnelle des enseignants. Certes ! Mais la même que celle qui a été détruite, sans philosophie, sans sociologie, sans anthropologie, sans histoire des disciplines, sans intégration dans une conception globale et ouverte de l’éducation ?
  • Concevoir des dispositifs et des aides. Certes ! Mais sans toucher à l’essentiel, la pédagogie durant le temps scolaire normal ?
  • Individualiser l’enseignement. Certes ! Mais en stigmatisant les élèves avec l’évaluationnite foudroyante ?
  • Signer un nouveau pacte avec le corps enseignant. Certes ! Mais sans analyser les causes de leur souffrance, sans toucher au fonctionnement pyramidal autoritaire et au mode de commandement ?

 

 Le moment est venu d’aller au bout des réflexions indispensables, d’aller au fond des choses, de faire du neuf, de faire preuve de courage, de ne pas se limiter aux apparences et à la démagogie, de tout remettre à plat : des programmes à l’évaluation, de la formation des maîtres à leur accompagnement, de l’architecture des établissements aux missions des enseignants, de la place des parents à la prise en considération des savoirs extérieurs à l’école…

 

 Mais vous n’êtes pas obligé d’être d’accord.

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