Le Québec festoie la Twittérature (que fait la France ?)

Le Québec sera-t-il bientôt réputé pour ses petits gazouillis autant que pour ses grandes voix ?

Première mondiale : un festival international de Twittérature nommé « 140 max » s'y est en effet déroulé mardi 16 octobre.

Comme on le sait, le célèbre réseau Twitter invite à échanger des messages de 140 caractères maximum : de nombreux écrivains, enseignants, chercheurs, internautes … se sont ainsi retrouvés pour partager leurs expériences et réflexions autour de cette contrainte d’écriture, qui stimule particulièrement la créativité, au point de bousculer la hiérarchie des genres littéraires, les pratiques d’écriture individuelles, collectives et même scolaires.

Au programme : tables rondes, expérience de Live Tweets, concours d’écriture à destination d’élèves, et une riche effervescence, dont le réseau s’est immédiatement et internationalement fait l’écho. Pendant ce temps, la France, elle, semble hésiter entre innovation et crispations : sécuritaires ? pédagogiques ?

Compte rendu (via Twitter) Une des tables rondes explorait la dimension éducative de Twitter : des professeures de tout niveau scolaire y ont témoigné de la « pédagogie du gazouillis » et de ses nombreux intérêts. Pour Nathalie Couzon, la Twittérature est en effet un excellent outil : « Pour moi, Twitter n'est pas le but, mais il permet de faire des apprentissages. C'est l'infiniment petit qui ouvre sur l'infiniment grand », en l’occurrence la langue française.

En quête de la formule, tout en jouant avec la langue, l’élève enrichit son vocabulaire et polit sa syntaxe : le tweet parfait, « madame, on va le faire ! », s’exclament certains, témoignant de cette ambition d’écriture que le réseau paraît susceptible d’engendrer. Un des intervenants rectifie d’ailleurs un préjugé : sur Twitter, royaume de l'instantanéité, on doit prendre son temps pour rédiger !

Marie Champagne, qui utilise aussi Twitter pour développer des compétences de lecture (par exemple, un élève tweete ce qu'il retient du chapitre d’un livre) a souligné combien le compte de classe l'aide à motiver ses élèves : « Quand on va dans le laboratoire d'informatique, ils sont fous de joie. Le compte de classe est vécu comme une récompense ». La motivation est renforcée par la dimension collaborative et interactive du travail scolaire mené sur Twitter. « Pour un élève, être lu en dehors d'une salle de classe représente une tâche signifiante », remarque Nathalie Couzon. « Les élèves forts et les élèves faibles travaillent en symbiose. Et les élèves écrivent de partout. Les murs de l'école reculent », insiste Annie Côte.

Les distances s’abolissent aussi pour les enseignants tant, rappelle-t-elle, une communauté de pratique s’est mise en place sur le réseau. De surcroît, ajoute Nathalie Couzon, les médias sociaux donnent la possibilité aux enseignants de mener une éducation citoyenne, notamment en faisant prendre conscience que sur le net perdure l’éphémère : « La trace qu'on laisse de soi est presque éternelle. Il faut éduquer à la citoyenneté numérique le plus tôt possible. »

Jean-Yves Fréchette, cofondateur de l’Institut de Twittérature Comparée, prolongera le débat par une piste de réflexion sur l’identité numérique, qui peut contribuer pour un jeune à la construction de soi : un avatar, c’est peut-être « un autre qui est habité par nous-mêmes. »

(... lire ici la totalité de l'article)

Et en France ? Pendant ce temps, en France, de nombreux enseignants se lancent eux aussi dans l’aventure et utilisent Twitter pour développer les compétences scripturales de leurs élèves tout en participant à leur éducation numérique : 225 twittclasses sont désormais recensées par Bertrand Formet. Le site gouvernemental Eduscol invite d’ailleurs à utiliser le réseau de micro-blogging comme outil éducatif à part entière : « Twitter permet de créer des moments d’écriture ancrés dans la réalité (textes sur les événements du quotidien, réponses aux tweets des autres classes…), des situations de communication authentique en calibrant les contraintes selon le niveau d’apprentissage » (article de septembre 2012).

Pendant ce temps, en France, raconte pourtant le site Owni, une professeure des écoles de Haute-Savoie qui avait lancé un tel projet pédagogique a dû l’arrêter brutalement : le Rectorat en cette rentrée 2012 est revenu sur l’autorisation qu’il lui avait d’abord donnée et, jusqu’à nouvel ordre, les twittclasses sont désormais interdites dans le département ! Autant dire que certains continuent à mettre des bâtons dans les roues de ceux qui veulent faire avancer le système et progresser leurs élèves. Comme s’ils n’avaient toujours pas entendu la déclaration du Ministre de l’Education nationale lors du Forum des enseignants innovants à Orléans en juin : « L'entrée dans tous les sujets sera d'abord une entrée par la pédagogie » ?

Jean-Michel Le Baut (Photos : Sylvain Bérubé)