Genève plébiscite une école exigeante: fin de la semaine de 4 jours

 dimanche11 mars 2012

Genève plébiscite une école exigeante: Fin de la semaine de 4 jours 

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A deux contre un, le peuple met fin au congé du mercredi matin. La nouvelle loi réalise ses meilleurs scores dans les quartiers aisés

Les petits Genevois de 8 à 12 ans renonceront à leur congé scolaire du mercredi matin dès la rentrée 2014. Cette réforme, votée par une majorité très nette de 65%, marque «la fin d’une Genferei», selon le conseiller d’Etat chargé de l’Instruction publique, Charles Beer. Genève est en effet le seul canton à organiser sa semaine scolaire sur quatre jours seulement. Pour le socialiste, Genève «rejoint les 18 cantons qui ont mis le cap sur l’harmonisation scolaire et les cantons romands qui ont adopté un plan d’études commun». Celui-ci introduit l’enseignement de l’anglais durant les deux dernières années de la scolarité primaire, ce qui constituait l’un des arguments en faveur d’une extension de l’horaire. Pour le socialiste, le canton entre, avec cette révision, dans une ère de «stabilité de son système éducatif», après un train de réformes visant à un «retour à la confiance». Le scrutin prend ainsi des airs de chant du cygne victorieux pour un magistrat qui achèvera son mandat l’an prochain.

Les opposants n’avaient pas de quoi pavoiser dimanche. Le référendum avait été essentiellement le fait du syndicat des instituteurs, la Société pédagogique genevoise (SPG), appuyé par quelques formations de la gauche dure et par le MCG. Mais de nombreuses voix discordantes s’étaient fait entendre dans la plupart des autres partis. «Nous étions isolés politiquement, commente Laurent Vité, président de la SPG. Surtout, 80% des votants savaient d’emblée ce qu’ils répondraient et les 20% d’indécis ne se sont pas ralliés à nos arguments.» Pour son prédécesseur, Olivier Baud, la réforme compliquera le travail dans les écoles primaires, ce qui justifie, à son sens, une baisse de la charge d’enseignement. L’évolution de la société complique en outre la tâche des instituteurs, ce qui plaide pour un renforcement du taux d’encadrement, selon lui. «Mais le Département de l’instruction publique ne veut rien lâcher», maugrée-t-il. Charles Beer réplique que la loi votée dimanche donne des moyens supplémentaires au cycle élémentaire et que les projections démographiques laissent présager une baisse du nombre d’élèves à charge de chaque enseignant.

Ce renforcement de l’encadrement est aussi exigé par un parti comme les Verts, qui ont appuyé la réforme. «Ce oui à l’institution scolaire est une bonne chose, mais on ne peut pas s’en satisfaire», opine Yvan Rochat, président des écologistes genevois. La même préoccupation habite Alain-Dominique Mauris, président du PLR, qui ne prédit toutefois pas d’effort financier supplémentaire: «Le renforcement de l’encadrement n’est pas forcément une question budgétaire puisqu’on peut aussi envisager une réallocation des ressources, estime-t-il. On doit pouvoir réexaminer l’efficience avant de parler de coûts supplémentaires.»

Charles Beer lancera dès lundi l’application de la réforme en rencontrant les partenaires de l’institution scolaire. Les communes seront mises à contribution pour réorganiser les activités extrascolaires, telles que les cours de musique, de sport ou de langues: «Cela ne nécessite pas de bouleversement majeur, estime le maire de Vernier, Thierry Apothéloz. Les concierges sont là, les locaux sont chauffés.» Conseillère administrative en Ville de Genève, Esther Alder évoque des «coulissements» dans l’occupation des locaux scolaires, nécessitant une «priorisation». Les activités parascolaires et périscolaires vouées au quartier seront servies en premier.

L’examen détaillé des suffrages montre que tous les arrondissements électoraux, sans exception, ont accepté la nouvelle loi. C’est dans les quartiers huppés que le texte reçoit ses appuis les plus massifs: Cité-Rive, Florissant, Champel, Cologny, Vandœuvres, Bellevue et Anières ont ainsi approuvé le texte à plus de 70%. Cela peut surprendre dans la mesure où c’est dans ces secteurs que les familles disposent des meilleures capacités à offrir à leur progéniture des activités extrascolaires potentiellement menacées par l’abolition d’une demi-journée de congé. Il faut croire que ces craintes ont été écartées, vraisembla­blement au profit des arguments plaidant pour une formation renforcée des jeunes, afin de s’ajuster aux besoins de l’économie et à un marché de l’emploi compétitif.

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