Editorial, par Daniel Stoecklin, 17 décembre 2014 -cide-

> Le prix Nobel de la paix 2014 décerné à la jeune pakistanaise Malala Yousafzai pour son combat en faveur de l'éducation pour les filles et à l'Indien Kailash Satyarthi pour sa lutte contre l'exploitation au travail des enfants récompense aussi symboliquement tous les défenseurs des droits de l'enfant et leur engagement sans relâche pour que soit mieux respectée la Convention relative aux Droits de l'Enfant (CDE) dans le monde. Cet engagement peut être direct et pratique, mais aussi indirect et théorique, à travers l'information et la formation aux droits de l'enfant. Les droits de l'enfant s'articulent toujours avec des devoirs. Ce que le prix Nobel souligne indirectement c'est aussi notre devoir d'éducation. L'accès à l'éducation n'est pas tout, encore faut-il définir la forme que cette éducation doit prendre.

> Dans la conférence magistrale intitulée « Droits de l'enfant et devoir d'éducation » que Philippe Meirieu (Université Lumière, Lyon) a donné le 20 novembre à Genève dans le cadre de la célébration du 25ème anniversaire de la CDE, le spécialiste de pédagogie a remarquablement montré que les droits de l'enfant sont en étroite articulation avec notre devoir d'éducation. Car l'éducation est la formation du sujet, et c'est elle qui permet d'actualiser les droits-libertés, comme la liberté d'expression (art. 13 CDE) ou le droit d'être entendu (art. 12 CDE). Or, toute formation implique une certaine contrainte. Entre autres pédagogues modernes, Janusz Korczak a parlé de la « belle contrainte », qui n'est pas l'ennemi de la liberté d'expression mais bien au contraire sa condition. C'est en effet la contrainte, l'effort à faire pour surmonter un obstacle, qui permet l'émergence de la pensée et la construction de la liberté.

> Cette réflexion sur la « contrainte » appropriée dans l'éducation des enfants permet de souligner que les droits de l'enfant ne sont pas pour l'élimination de toute contrainte pour les enfants. L'éducation pour tous et l'élimination de l'exploitation au travail, qui sont les luttes qui viennent d'être récompensées par le prix Nobel, ne sont pas des projets pour l'émergence de « l'enfant-roi ». Au contraire, l'engagement pour les droits de l'enfant, que ce soit au niveau pratique ou académique, s'ancre dans une haute exigence envers soi-même et les autres : savoir fixer des limites appropriées. Des précurseurs des droits de l'enfant à ses plus éminents représentants actuels, cette exigence traverse tout le mouvement.

> Le prix Nobel qui vient d'être décerné est comme un hommage à une conception équilibrée des droits humains, qui relie droits et devoirs. Espérons que cette haute distinction contribuera au développement d'une éducation basée sur la relation entre droits et devoirs, cette relation étant au fondement de toute civilisation. On devrait voir une école comme civilisée seulement si elle intègre les droits de l'enfant aux devoirs de l'élève.