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Concertation : A propos des Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education

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Concertation : A propos des Ecoles Supérieure du Professorat et de l’Education  

Quels personnels, quelle structure,  quelle localisation pour les futures écoles supérieures du professorat et de l’Education (ESPE) qui remplaceront les IUFM ? Alors que la concertation se penche sur cette question,  Jean-Louis Auduc, ancien directeur d’IUFM, partage ses réflexions.

 

Pour piloter dès septembre 2012 la formation des stagiaires reçus en juillet 2012, la formation professionnalisante des étudiants admissibles aux sessions de septembre et novembre 2012 ; pour donner de la lisibilité à la préparation des concours 2013, 2014 et suivants , et piloter la formation continue des enseignants, il faut donner de la visibilité à la structure chargée de cette mission.

 

Les E.S.P.E ne doivent pas être un « ripolinage » des I.U.F.M. ; elles doivent s’appuyer sur toutes les structures, les équipes qui peuvent détenir un savoir-faire capital et reconnu en matière de formation tant initiale que professionnelle et continue des enseignants, ainsi que des adultes et des formateurs, donc, y compris sur ce qui a pu être préservé des IUFM.

 

La question de la structure académique

 L’idéal serait qu’il y ait un ESPE par académie dans le cadre d’une université reconnue par tous les autres établissements universitaires et les autorités académiques. L’expérience de ces dernières années à propos de l’intégration des IUFM dans une université choisie par l’Etat par académie a révélé les difficultés que ce choix pouvait poser notamment lorsque l’Université choisie n’était pas celle dans l’académie qui avait la plus grande expérience de préparation aux concours de recrutement d’enseignants.

 Comment résoudre cette question ?

 Quelles hypothèses choisir ?

a)         Une ESPE dans une seule Université de l’académie.

Même si les critères étaient mieux définis que dans le cadre de l’intégration des IUFM, même si chacun des établissements d’enseignement supérieur de l’académie avait des représentants au conseil d’administration de l’ESPE, il n’est pas sûr que la dynamique de la concurrence entre établissements d’enseignement supérieur ne conduise aux mêmes difficultés que celles connues ces dernières années concernant les préparations au concours de recrutement d’enseignant dans les universités n’ayant pas d’ESPE.

 b)         Une ESPE dans chaque Université qui le souhaiterait

Cette proposition aurait l’avantage d’éviter les conflits entre universités et de développer le potentiel de formation aux concours de recrutement.

Elle aurait pour inconvénient un certain émiettement des formations et des difficultés pour les conventions de stages avec les différents établissements scolaires et l’organisation de la formation continue. 

 c)         Un service académique interuniversitaire commun à toutes les universités de son académie qui porterait le nom d’école supérieure du professorat et de l’éducation.

 Cette solution serait facilitante pour les rations avec les rectorats et les établissements scolaires, pour construire une carte académique des formations initiales et continues, mais elle a le risque de ne pas être admise par les universités de l’académie.

 Aucune de ces solutions n’apparaît donc satisfaisante

 d)        La seule solution apparaît se trouver dans une organisation qui pourrait être une Ecole supérieure du professorat et de l’Education ( ESPE) académique dans une des Universités de l’académie ( lorsque l’académie comporte plusieurs universités) choisie en commun par le ministère de l’enseignement supérieur et le ministère de l’éducation après acte de candidature d’une ou plusieurs universités. Cette ESPE académique aurait des ESPE annexes dans les universités qui souhaiteraient en ouvrir une, représentées au conseil d’administration de l’ESPE académique. Ce dispositif permettrait sans doute à la fois une politique académique de formation initiale, notamment de stages en établissements scolaires, de formation continue et le respect de l’autonomie des universités.   

 Un interface entre l’Etat- employeur et l’Université

 L’ambiguïté de la situation actuelle tient pour une bonne part au fait qu’au lieu d’agir en synergie, chacun entre l’Etat-employeur et l’Université agit de son côté.

 Il faut, avec les E.S.P.E. rétablir et construire des relations structurées et cohérentes entre l’État Formateur, et l’État Employeur, autrement dit l’Éducation Nationale, qu’il faut travailler, dans le cadre :

- de la formation initiale académique et didactique ;

- de la formation professionnelles pratique et pédagogique ;

- de la formation continue des personnels, et ce du premier degré jusqu’à l’Université.

- de la formation de formateurs , de tous ceux qui ont à intervenir dans la formation ( conseillers pédagogiques, tuteurs,…..)

 Ce rôle d’interface est indispensable pour bien articuler cursus de master et mise en oeuvre des procédures de recrutement  par l’Etat-employeur.

La validation du master doit être différenciée du processus de titularisation, même si leur concomitance peut faciliter des processus de réorientation pour des stagiaires non titularisés.

 

Des personnels de différents statuts

 Pour être efficient , l’ESPE doit avoir une pluralité d’intervenants qui ne se chevauchent pas, qui n’interviennent pas qu’en successifs, mais qui se coordonnent pour une formation véritablement professionnelles : Universitaires, PRAG, formateurs, chefs d’établissement, membres des corps d’inspection, Maîtres formateurs ou conseillers pédagogiques, etc…….

C’est cette pluralité d’intervenants qui peut permettre d’ assurer une véritable professionnalisation et qui peut être un atout pour la divulgation en direction de tous les personnels des résultats de la recherche en éducation.

 En effet, pour répondre aux défis posés par la formation des enseignants aux réalités d’aujourd’hui, trois principes doivent guider le travail d’appropriation , de réflexion autonome des stagiaires qui fera d’eux des professionnels accomplis :

-           considérer que la formation commence seulement avec la formation initiale et qu’elle doit nécessairement se poursuivre avec une formation continuée obligatoire,

-           développer un va-et-vient étroit entre expérience et formation ( théorie et pratique doivent être indissociables) ;

-           reconnaître que sont conciliables adaptation aux divers publics et maintien des exigences nationales.

 Des postes « partagés » entre un établissement scolaire et l’ESPE permettront aux formations d’être irriguées par les pratiques du terrain.

 

L’ESPE, pôle académique de recherche en éducation

 Ces structures devront inclure dans leur tissu même la possibilité d’impulser des recherches, par essence multiples et plurielles, sur des objets eux-mêmes multiples et hétérogènes : didactiques, analyses de pratiques, histoire de l’éducation, pédagogie, enseignement, épistémologie des savoirs enseigner, sociologie de l’éducation, sciences de l’éducation, etc.

Ces E.S.P.E. devront également être les correspondantes académiques de l’Institut National de Recherche Pédagogique qui sera recréé et redimensionné. Elles contribueront à la diffusion des recherches menées dans ce cadre.

   La recherche en Education doit non seulement jouer un rôle d’observatoire des  pratiques enseignantes, mais construire un conservatoire de celles-ci afin de constituer des ressources pour les formateurs et l’ensemble des enseignants.

 L’initiation et la participation à la recherche sont, pour un enseignant, une véritable formation professionnelle, nécessaire à l’exercice du métier et à sa capacité d’évolution. C’est en effet de la capacité à transmettre une science vivante autant que d’en adapter l’enseignement aux dernières évolutions scientifiques et sociétales que dépend la capacité d’insertion sociale et professionnelle future des élèves.

Il est donc essentiel que lors de la formation initiale, et à certains moments de la carrière de l’enseignant, un lien s’établisse entre la recherche et l’enseignement quel que soient les niveaux et les lieux d’exercice, les publics et les disciplines enseignées.

 

Passer de la certification à l’approche diplômante

 La France est en effet l'un des rares pays européens où l'exercice de missions complexes par les agents de l'Education nationale (conseiller pédagogique, conseiller TICE, directeur d'école, responsable de projet, etc.) ne donne lieu à aucune reconnaissance par des diplômes. Au mieux, une certification est délivrée (Certificat d'Aptitude aux Fonctions d'Instituteur Maître Formateur -CAFIPEMF-, 2CASH, CAPA SH, Enseignement en DNL ( enseigner sa discipline dans une langue étrangère) pour le second degré etc.). Ceci constitue bien évidemment un frein majeur à la mobilité des enseignants et impacte fortement l'attractivité du métier d'enseignant.

Par ailleurs, créer les conditions d'une reconnaissance par des diplômes professionnels de certaines fonctions ou missions encouragerait également les enseignants à rester "dans le métier". Cela irait dans le sens d'un développement professionnel continu actuellement peu valorisé et pourrait permettre de poser de manière différente qu’aujourd’hui la question des mutations.

 

Gestion de l’ESPE

 Cette structure serait gérée par un directeur nommé par l’Etat sur proposition d’un conseil d’administration tripartite : les représentants des universités de l’académie, notamment des ESPE annexes ; les représentants de l’employeur ; les représentants des usagers et des enseignants. 

Elle pourra accueillir des labos de recherche en éducation.

 Dans la logique des écoles professionnelles déjà existantes dans le cadre d’une université, le président du conseil d’administration de l’ESPE devrait en toute logique être un représentant de l’Etat –employeur : le Recteur ou son représentant.

 Cette structure sur la base d’un cahier des charges national piloterait en liaison avec toutes les universités de l’académie et le Rectorat les actions de formation initiale et continue.

L’inscription aux différents masters professionnels « enseignement » se ferait dans le cadre de l’ ESPE et de ses annexes, même si un certain nombre de ces masters pourront se dérouler dans le cadre d’UFR disciplinaire des universités.

 L’enjeu est que les ESPE puissent apparaître dans cette logique, en partie soustraits à la double pression contradictoire de leurs Universités d’intégration et de leurs partenaires Rectoraux, c’est-à-dire d’une contradiction dialectique affectant la structure même des appareils de l’État, celle de l’articulation de l’Etat Formateur et de l’Etat Employeur.

Une clarification des relations entre ESPE et Présidents d’Université, d’une part, et une clarification de celles des entre ESPE et Rectorats, sous la forme tantôt de conventions locales, basées sur un  cadrage national  précis portant sur le cœur de la formation initiale, professionnelle et continue est ainsi indispensable

 Une sanctuarisation des budgets apparaît également nécessaire en articulation avec la politique nationale de recrutement des enseignants : Mise en place de plan pluri-annuel de recrutement , de pré recrutements, développement de formations spécifiques répondant aux besoins du système éducatif, programmation de la formation continue.

 Quelle modification juridique ?

 Sur le plan strictement juridique, il convient de sortir définitivement de l’ambiguïté actuelle. En effet, la loi LRU du 10 août 2007 ne fait nullement mention de l’article L713-9 du Code de l’éducation, article qui existe toujours dans la version réactualisée du code.

Il s’agit donc de réintroduire au niveau de la loi le contenu explicite de cet article L 713-9 concernant les Instituts et Ecoles à l’intérieur des universités et notamment les deux dispositions clefs: autorité du directeur sur ses personnels et droit de veto,  le directeur nommé par le ministre est ordonnateur secondaire de droit et  peut disposer de moyens fléchés.

 Jean-Louis Auduc

 Par fjarraud , le lundi 27 août 2012.