Devoirs à la maison: stop ou encore ?

Claire, enseignante : "Je suis contre les devoirs à la maison"


La fin des devoirs à la mai­son appa­raît comme l'une des mesures clés, pré­sen­tées le 9 octobre par François Hollande, dans le cadre de la refon­da­tion de l'école. Si les ensei­gnants y sont plu­tôt favo­rables, plu­sieurs ques­tions res­tent en suspens.

Que les élèves de France ne se réjouissent pas trop vite, la fin des poé­sies et des leçons à apprendre chez soi n'est pas pour demain. Après le Président de la répu­blique, le ministre de l'Education a pour­tant été clair : les devoirs seront faits à l'école. Problème : une cir­cu­laire de 1965 (1) indique déjà que « les devoirs doivent être faits dans l'horaire nor­mal de classe et non plus à la mai­son ou en étude ». La décla­ra­tion de François Hollande résonne donc comme une réaf­fir­ma­tion poli­tique d'une loi qui peine à être appli­quée. « On donne des devoirs en France depuis des lustres », sou­ligne Christian Chevalier, secré­taire géné­ral du SE-Unsa, « aucun pro­fes­seur n'applique à la lettre la cir­cu­laire à cause du poids cultu­rel des devoirs. De nom­breux parents pensent qu'un ensei­gnant qui n'en donne pas est un mau­vais prof. » Selon une enquête IFOP réa­li­sée début octobre, 68% des Français sont oppo­sés à la sup­pres­sion des devoirs à la mai­son en pri­maire bien que la FCPE y soit favo­rable depuis longtemps.

« L'école doit apprendre aux enfants à apprendre »

Sébastien Sihr, secré­taire géné­ral du SNUipp-FSU, prin­ci­pal syn­di­cat du pri­maire, rap­pelle que toutes les études montrent que le tra­vail hors de la classe n'est ni effi­cace ni équi­table. « Mais les pra­tiques des ensei­gnants étant diverses, c'est une bonne idée de s'interroger : Que cherche-t-on à faire tra­vailler aux élèves ? Est-ce pour les rendre plus auto­nomes ? » Dans tous les cas, selon Sébastien Sihr, c'est à l'école de prendre en charge les devoirs : « l'école doit apprendre aux enfants à apprendre. On n'empêchera jamais cer­taines familles d'être tou­jours très pres­crip­tives. Mais si les familles ont l'assurance que l'école prend en charge les devoirs, cela per­met­tra plus d'égalité. »

Qui pour enca­drer les devoirs à l'école ?

Les ensei­gnants voient plu­tôt d'un bon œil la pré­ro­ga­tive. « Je suis contre les devoirs à la mai­son », témoigne Claire (les pré­noms ont été modi­fiés), pro­fes­seur des écoles sta­giaire, en charge d'une classe de CM1 dans les Hauts-de-Seine. « Une jour­née de classe est très éprou­vante pour les élèves. Imaginer qu'ils peuvent encore se concen­trer 1 à 2 heures chez eux le soir me paraît absurde. Je demande peu de devoirs et ce que je donne relève d'un énième exer­cice d'entraînement. » Emilie, en charge d'une classe de CM2 dans l'enseignement privé en Essonne, estime que la sup­pres­sion des devoirs à la mai­son « pourra per­mettre à chaque enfant d'avoir une aide, les parents n'étant pas tou­jours dis­po­nibles ». Et d'ajouter : « mais il ne faut pas que les parents se déchargent tota­le­ment sur les ensei­gnants, ce qui a ten­dance à être le cas. Il faut qu'ils conti­nuent à suivre la sco­la­rité de leur enfant ! »

Séverine, pro­fes­seur des écoles dans les Yvelines, est plus réser­vée : « ce pro­jet est très flou. Il reste indis­pen­sable que les enfants apprennent leurs leçons et je conti­nue­rai à leur en don­ner. Les devoirs à l'école ? Pourquoi pas, à condi­tion de réduire le nombre d'enfants par adulte : 10 à 12 élèves me semble cor­rect. Et qui vien­dra enca­drer les devoirs de 15h30 à 16h30 ? Certains élèves seront épau­lés par des ensei­gnants et d'autres non ? Les ins­tit' seront payés en plus ? Si l'enseignant reste avec sa classe com­plète, je ne vois pas l'intérêt. » Visiblement, le pro­jet sus­cite plus de ques­tions que de réponses.

Charles Centofanti

Note(s) :
  • (1) Circulaire n° 64-496 du 17 décembre 1964

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