Aide aux enfants handicapés: le gouvernement défait, en silence

Aide aux élèves handicapés : le gouvernement défait, en silence


Mais quelque 1 500 classes doivent fermer dès la prochaine rentrée dans le primaire, et probablement autant dans le secondaire.

 

Dans cette débâcle annoncée, que deviennent les enfants et adolescents handicapés, les élèves en difficulté et les jeunes patients en souffrance ? Ils avaient pourtant été « promus » grande cause nationale il y a peu.

Des lois pour garantir la scolarité de tous

Souvenez-vous : en 2002 et 2005, des lois avaient, entre autres, érigé en doctrine officielle l'intégration – on dit maintenant « inclusion » – scolaire pour tous. Elles promettaient :

  • des maisons de la personne handicapée dans chaque département, chargée notamment de promouvoir l'aide individualisée au sein de l'école en s'appuyant sur des auxiliaires de vie scolaire (AVS) formés à ce soutien ;
  • la mise en place de temps scolaires aménagés ;
  • l'articulation indispensable entre le monde du soin et celui de l'enseignement.

Ce que réclamaient depuis des lustres les associations de parents d'enfants handicapés semble (semblait ? ) enfin acquis et leur (juste) revendication d'une scolarité pour tous, finalement prise en compte.

Pour compléter, le décret du 2 avril 2009 organisait de manière précise et détaillée la coopération entre établissements scolaires et établissements de soins médico-sociaux .

Des milliers d'enfants alors taxés d'« inadaptés »

L'indispensable liaison entre soins et éducation n'est pourtant pas une nécessité dont on aurait pris conscience récemment. Le CMPP (centre médico-psycho-pédagogique) Claude-Bernard à Paris, co-fondé en 1946 par le ministère de la Santé et celui de « l'instruction publique », a toujours été novateur sur le sujet.

Il prit en charge des milliers d'enfants alors taxés d'« inadaptés » et forma nombre de spécialistes réputés. Les personnels issus de l'Education nationale y apportent depuis, à des enfants et adolescents pour lesquels la souffrance se double d'un parcours scolaire erratique, tout un savoir-faire, constamment mis à jour.

En même temps, ils sont les garants d'une synergie permanente entre école et équipe thérapeutique du CMPP, pour le plus grand bénéfice des jeunes patients.

200 disparitions de postes en trois ans

La pertinence et l'efficacité réelles de ce dispositif original font qu'il a inspiré de nombreuses vocations et qu'actuellement notre pays dispose d'un réseau de plus de 400 CMPP, s'occupant de quelque 200 000 enfants.

Malheureusement, la plupart d'entre eux voient désormais leur action mise à mal par la politique de retrait de postes, initiée depuis trois ans. On chiffre ainsi à 200 le nombre de postes « disparus » sur cette période.

Malgré son prestige et sa réputation, Claude-Bernard lui-même vient d'en faire l'amère expérience et s'est vu retirer ses derniers enseignants du primaire, en dépit des protestations officielles de la ville de Paris.

Ajoutons à cela :

  • le démantèlement, au sein de l'école même, de tout ce qui faisait interface avec les institutions de soins : réseaux d'aide aux enfants en difficulté, psychologues scolaires, conseillers d'orientation psychologues… ;
  • le retrait, partout où la pédagogie côtoyait et « abondait » le soin, de bien des moyens humains : hôpitaux de jour pour enfants et adolescents, maisons des adolescents, structures soin/études…

Parmi ces dernières, les cliniques médico-universitaire Georges-Heuyer (Paris, XIIIe) et medico-pédagogique Dupré à Sceaux (92) viennent de perdre chacune trente heures d'enseignement hebdomadaire alors qu'elles assument le retour dans leur cursus d'adolescents ayant vécu des décompensations psychiatriques graves.

On assiste ainsi à l'abandon de toute cette initiative créatrice et féconde, construite à partir de la rencontre des professionnels du soin et de ceux de la pédagogie.

Les enseignants débordés, les soignants usés…

Prisonnier de sa politique restrictive, le gouvernement taille dans ses effectifs aux endroits qu'il pense peu visibles. Ce n'en est pas moins, souvent, les plus sensibles.

A ponctionner ainsi inconsidérément une articulation essentielle, on risque de la gripper définitivement :

  • les enseignants débordés auront le plus grand mal à intégrer ces jeunes, faute d'appui et de relais extérieurs pertinents ;
  • les équipes soignantes s'useront à chercher des solutions de scolarisation adaptée ;
  • les familles désespéreront à nouveau ;
  • leurs enfants subiront une véritable « double peine ».

Comme les autres, ils devront se contenter d'une école aux moyens rabotés qui s'avérera encore plus inadaptée pour eux, tandis que, par ailleurs, les moyens de soins à leur disposition auront également été mis à mal.

Comme souvent, les plus fragiles paieront plus.