ACTUALITES DE L'ADEP

...DERNIERE MINUTE...DECOUVREZ ICI LES PREVISIONS DES EFFECTIFS ET DES POSTES EN HTE SAVOIE POUR LA RENTREE 2012...

Voici le premier programme de la Fête de l'ADEP

Le programme de la fête de l'ADEP des 4 et 5 mai 2012 s'est esquissé hier soir, en réunion du Conseil d'Administration. Il sera travaillé en réunion "adhérents" le 7 février, avec groupes de travail.

En voici les premières intuitions:

2 lieux: la place publique, (place de la Mairie, Grenette). L'idée est que les questions d'éducation soient au coeur de la Ville...
2 jours: les vendredi et samedi 4 et 5 mai 2012
3 intervenants principaux: Pô Line, Choukri Ben Ayed et Gérard de Vecchi

1 conférence gesticulée de Pô Line, et 4 temps forts de discussions et d'ateliers. La question de l'évaluation sera traitée sous forme de situations-problèmes, (en atelier), puis sous forme de conférence. La question des inégalités scolaires sera également abordée 2 fois, sous forme d'ateliers et de groupe de travail puis sous forme de conférence.
On réïtère la formule "apéro" sur la place publique, bien entendu. De même que la Bourse aux Livres sera remise en place, un véritable succès l'année dernière...

Bref: tout ça pour l'école publique, démocratique et laïque...


L'afev (association de la fondation étudiante pour la ville) a publié, en partenariat avec le journal Libération et France Info, un pacte national contre l’échec scolaire signé par 52 représentants de la société civile, ainsi que les principaux syndicats enseignants et les structures qui ont bien voulu rejoindre notre dynamique.

L’enjeu, pour notre système éducatif n’est plus de former une élite mais d’emmener le plus grand nombre de jeunes à un niveau de formation qui permette leur insertion sociale et professionnelle. En ce sens, notre priorité doit être de faire réussir les jeunes en fragilité sociale et scolaire. Les prochaines élections constituent une chance et une opportunité de faire entendre cette nécessité.

C’est pourquoi nous lançons ce pacte citoyen contre l’échec scolaire que nous présenterons aux candidats à l’élection présidentielle.


Au-delà des nécessaires réformes à mettre en œuvre, c’est le moment de réaffirmer l’ambition collective que nous portons pour notre système scolaire, et permettre une nouvelle convergence contre l’échec scolaire impliquant les parents, les enseignants et l’ensemble des acteurs de la communauté éducative.

Lire et signer le pacte: http://www.pacteechecscolaire.org/

N'hésitez pas à diffuser largement!

 


RASED: Chatel officialise la suppression

In Café Pédagogique
 

Dans une réponse à une question posée par le sénateur PS Martial Bouquin le 20 janvier, Luc Chatel justifie la suppression des postes de Rased (réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté). "Il ne s'agit pas, en l'espèce, de dégrader les dispositifs existants mais de les rendre plus efficients dans le traitement de la difficulté scolaire et de la lutte contre l'échec scolaire", explique Luc Chatel. "L'institution de l'aide personnalisée permet désormais aux enseignants affectés dans les classes de traiter eux-mêmes, en prolongement de la classe, un certain nombre de difficultés d'apprentissage qu'ils ne pouvaient auparavant prendre en charge de manière suffisamment efficace... avec, le cas échéant, la participation des enseignants spécialisés des réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté... Dans ce nouveau contexte, la contribution des enseignants spécialisés des RASED, qui s'ajoute à cet effort, doit évoluer".

 "Le ministre ne vise pas la disparition du dispositif RASED", continue Luc Chatel, "mais sa mise en cohérence avec la réforme de l'école et les moyens nouveaux de lutte contre la difficulté scolaire. Le meilleur emploi des maîtres spécialisés, tout comme l'aide personnalisée et les stages de remise à niveau en français et mathématiques proposés aux élèves de CM1 et CM2 pendant les vacances scolaires, contribuent à la mise en œuvre d'un ensemble cohérent et complémentaire de réponses au traitement de la difficulté scolaire dans toutes les classes". Et pour prouver que cette démarche est positive, le ministre cite les résultats des évaluations nationales de CE1...

 Question au Sénat

Voeux au monde de l'éducation: voeux ou programme ?

VOEUX OU PROGRAMME ?

 


C’est ce jeudi 5 janvier que Nicolas Sarkozy présentait ses voeux au monde de l'éducation et de la recherche à Chasseneuil du Poitou sur le site du Futuroscope (pour les amateurs, la vidéo est disponible sur elysee.fr). Ce discours se fait dans un contexte très tendu marqué par les suppressions de postes (65.000 depuis 2007 et 14.000 encore prévues l'an prochain) et avec de nombreux motifs de contentieux (la formation des enseignants, l’évaluation, …). Comme le soulignait France Info le matin même : entre Nicolas Sarkoy et les profs c’est une histoire compliquée… On aurait pu penser que la stratégie allait être de les séduire malgré tout mais on a assisté plutôt à un discours (de campagne) libéral assumé où le programme de l’UMP était repris dans tous ses aspects y compris les plus radicaux.


Quelques journaux et sites d’information proposent déjà des résumés et analyses des propos du Président-candidat. Claude Lelièvre sur Médiapart les compare à ceux des années précédentes et note une continuité marquée par la diversion sur le bilan et une transformation “insidieuse” vers une “autre” école. Pour Marilyne Baumard, du Monde, trois mots ressortent de ce discours : “autorité, autonomie et flexibilité”. Et la flexibilité s’applique d’abord aux enseignants dont le métier doit selon N.Sarkozy, impérativement changer.

Ce dont souffrent en premier lieu les enseignants, c'est le décalage entre ce que l'institution leur demande officiellement – à travers ces fameux textes statutaires qui remontent aux années 1950 – et la réalité de la société d'aujourd'hui, des élèves qui leur sont confiés ” a t-il déclaré. Ce qui suppose “d'accepter de nouvelles manières de travailler" ” et “d'être plus présents dans les établissements, sans aucun doute”. En contrepartie, il évoque (comme en 2007…) une revalorisation de la rémunération. Il s’en prend aussi directement à François Hollande en déclarant : “ Je veux le dire comme je le pense: imaginer la recréation de postes dans l'Education nationale, c'est irresponsable, compte tenu de la situation financière de notre pays ”. “ Si nous augmentons le nombre d'enseignants, est-ce que vous croyez que la société française aura les moyens de faire l'augmentation du nombre d'enseignants et la revalorisation des enseignants ? Personne ne peut croire une minute que ce sera possible. Quant à moi, l'orientation est claire, c'est la revalorisation de la condition enseignante qui est la priorité ” a t-il ajouté, tout en précisant : nous devons et nous pouvons, dans l'Education nationale comme dans les autres services de l'Etat, faire mieux avec les mêmes moyens
Deuxième mot-clé : l’autonomie. C’est la condition pour “ que partout – et ce dès l'école primaire – se constituent de véritables équipes de professeurs, motivés et soudés autour du chef d'établissement ”. Il prône donc une autonomie à tous les niveaux en commençant par les rectorats comme le prévoit le décret présenté par Luc Chatel la veille (voir plus bas). Mais aussi au niveau de tous les établissements avec la figure d’un chef d’établissement “manager”. L’autonomie des établissements va de pair avec l’autorité du chef…
Sur le plan pédagogique, les annonces sont aussi importantes. Avec en particulier une nouvelle attaque contre le collège unique en prônant l’orientation précoce. Il faut, dit-il “assumer la diversité des parcours en quatrième-troisième"”. Il propose notamment d’orienter vers des formations professionnelles les jeunes dès la quatrième avec une dernière année en CAP en alternance. L’alternance qu’il veut généraliser est d’ailleurs selon lui un levier pour lutter contre le chômage des jeunes. “J'ai conscience qu'il s'agirait d'un profond bouleversement, qui impliquerait d'augmenter de plus 200 000 par an le nombre de contrats d'alternance. Une réorganisation complète du mode de relation entre lycées professionnels et entreprises serait nécessaire. Mais une telle disposition serait une réponse extrêmement forte au problème structurel du chômage des jeunes et même au problème du chômage en général.” a t-il indiqué.


Un discours assez frontal et “clivant” qui correspond à une volonté de jouer l’opinion (les “familles”) contre le monde enseignant présenté comme conservateur et peu enclin à travailler plus. On se souvient des propos tenus le 27 septembre dernier, jour de grève dans l'éducation nationale dans une usine de l'Oise : "Mon devoir de chef de l’Etat c’est d’abord de penser aux ouvriers, aux salariés et aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale et qui ont besoin du soutien de l’Etat plus que de penser à ceux qui ont un travail difficile mais qui ont un statut qui les protège". Et ce n’est pas la nouvelle donnée par le Monde de la réapparition de Claude Allègre dans l’entourage de Sarkozy qui va atténuer le clivage et même l’affrontement avec le monde enseignant . Nicolas Sarkozy a lu la “princesse de Clive… ”

Programmes
On le constate avec cette “séquence”, l’éducation est bien devenue un des thèmes majeurs de la campagne qui s’enclenche. Les “vœux-programmes” de Nicolas Sarkozy, tout comme les dernières mesures prises par Luc Chatel montrent bien aussi que si certains mots sont les mêmes, les programmes des principaux candidats sont bien différents.


Comme nous l’évoquions hier, une des difficultés de ce débat est en effet qu’il emprunte quelques termes semblables mais avec des sens différents. Ainsi, pour la notion d’ autonomie qui renvoie dans un cas à la compétition et à un management autoritaire et dans l’autre à une responsabilisation des équipes. Mais sur d’autres points les différences sont bien visibles. Le programme de l’UMP va dans le sens d’une approche “méritocratique” fondée sur la sélection (on peut même parler de tri) précoce et sur une vision strictement individualiste de l’enseignement et des capacités : “ on t’a donné ta “chance”, tu ne l’as pas saisie, tant pis pour toi…”. Cette approche “libérale” se retrouve aussi dans la vision du travail enseignant qui doit être évalué et “managé” individuellement pour augmenter sa productivité et “faire plus avec autant”.
Même si on a pu craindre que la question des “moyens” allait éclipser les autres questions de l’évolution de l’École, on constate que le projet alternatif parle bien de pédagogie et donc de valeurs. Et que la question des postes est une condition nécessaire et préalable pour permettre ce qu’on prend soin d’appeler une “refondation” (plutôt que réforme) du système éducatif. Parler de la “réussite de tous” ne sera pas un mot creux si on prend à bras le corps la question de l’échec scolaire. En sortant du fatalisme et du renoncement pour aller vers une ambition démocratique. Et en oubliant pas que s’il s’agit de comparer des programmes, il ne faut pas oublier aussi qu’il y a un bilan…
Profitons de cette digression sur les programmes éducatifs dans cette présidentielle pour signaler que je me suis livré sur mon blog à une compilation des liens menant vers les programmes des différents candidats ainsi que vers les propositions des associations, mouvements et syndicats . A chacun de se faire son opinion…

30 ministres


Avant même le discours de Nicolas Sarkozy, Luc Chatel a présenté mercredi lors du conseil des ministres un décret applicable à partir du 1er février portant sur la réorganisation des services académiques
On renforce le pouvoir des recteurs qui ont tout pouvoir pour réorganiser leurs services. “Le recteur doit être le pilote de la politique déconcentrée de l'Education nationale, le pilote sur tous les sujets. Pour cela, il doit avoir les coudées franches, avec tous les pouvoirs et des adjoints auxquels il délègue ” a déclaré Luc Chatel. Les anciens inspecteurs d'académie, qui ne dépendaient pas du recteur, deviennent ses adjoints, appelés directeurs d'académie. Un dialogue de gestion et de performance entre le ministère et les recteurs -expérimenté dans 7 académies dont Créteil, Dijon, Montpellier, Strasbourg ou Versailles - est aussi prévu, avec à terme des contrats de quatre ans. Le ministère a créé dans ce cadre il y a quelques mois une prime de performance pour les recteurs.
Il y a quelques temps, le SNPDEN (syndicat des chefs d’établissement) évoquait les “30 ministères” de pour dénoncer une éducation nationale éclatée et sans loi centrale. D’une certaine manière, ce décret semble aller dans le sens de cette critique même si Luc Chatel affirme qu’il s’agit d’une réforme qui “modernisenational” de l'Education.
Pour le secrétaire général du SE-Unsa, Christian Chevalier “ Le recteur devient l'acteur majeur sur le territoire, avec des moyens délégués sur lesquels il aura une très forte autonomie. Cela peut avoir du sens, en restant dans un cadre national, d'adapter la politique selon les spécificités des académies. Le risque est que les différences s'accroissent entre elles ”. Sébastien Sihr du SNUipp est plus critique et considère qu’il s’agit d’une “pièce d'un puzzle cohérent du nouveau visage de l'Education nationale, plus autoritaire, plus centralisé, avec plus de contrôle et le risque de voir émerger des potentats locaux, c'est le contraire même de l'autonomie

BLOG "Chronique et éducation", jeudi 5 janvier 2012.

Luc CHATEL et Vincent PEILLON: une éducation, 2 écoles...

Par Sauvons l'Ecole

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In Libération

 L’actuel ministre de l’Education nationale et le conseiller de François Hollande, défendent des projets opposés.

 

Comment voyez-vous l’enseignant de demain ?

 Luc Chatel : Pendant longtemps, sa mission essentielle a été de transmettre le savoir. Or, le monde a changé, l’école aussi. Cela reste le cœur de son action. Mais face à des classes hétérogènes et des enfants de la génération Internet, le métier est devenu plus complexe et il a d’autres missions : apporter un soutien scolaire différencié selon les élèves, participer à l’élaboration du projet pédagogique, recevoir les parents… C’est important d’avoir ce débat.

Pour moi, il est clair que dans le secondaire, il faut désormais déterminer le temps de travail des enseignants par des heures de présence dans l’établissement, afin d’inclure toutes ces missions, et non plus seulement par des heures de cours comme cela se fait depuis le décret de 1950 sur les obligations de service [18 heures de cours hebdomadaires pour les certifiés, 15 pour les agrégés, ndlr]. On entérinerait ainsi ce que de nombreux enseignants font déjà.

 Vincent Peillon : Après ce quinquennat, les conditions matérielles et morales faites aux enseignants se sont tellement dégradées que l’on a une crise du recrutement. Il faut d’abord redonner aux professeurs les moyens d’enseigner. C’est pour cela que nous défendons l’idée d’un contrat : toute la nation doit s’engager à leurs côtés.

Les tâches se sont diversifiées et doivent être reconnues. Nous ne pouvons pas rester en l’état. Mais la seule réforme qui marchera se fera avec les enseignants - et non sans eux, comme le fait ce gouvernement. Commencer par revoir les obligations de service est une erreur, et même une faute à l’égard des enseignants qu’on a l’air de désigner comme responsables d’échecs imputables à une politique. Aucun professeur du secondaire ne travaille 15 ou 18 heures, mais 37, voire 38. On ne peut pas traiter ces questions avec des slogans. Après une concertation approfondie, si nous l’emportons, nous prévoyons une loi à l’automne.

Face à ces tâches, la formation des enseignants est-elle suffisante ?

L.C. : Le choix de la masterisation [la réforme très contestée de 2009, selon laquelle les enseignants doivent avoir un master et non plus une licence] était le bon. Mais les transitions sont difficiles. Progressivement, on arrive à une formation disciplinaire de qualité, et tous les professeurs stagiaires [pendant leur première année d’exercice] ont un tuteur dans leur établissement. Cette année, les démissions, de 1% à 2%, sont encore inférieures à l’an dernier. On a beaucoup diabolisé cette réforme. Mais connaissez-vous un métier où l’on vous apprend tout avant de commencer ? Aux urgences, vous êtes reçus par une personne en blouse blanche qui est souvent un étudiant.

V.P. : Le gouvernement a détruit la formation. Quelque 70% des nouveaux enseignants sont mis devant des classes sans formation ni accompagnement. Nicolas Sarkozy et Luc Chatel se vantent d’avoir prévu 108 heures de stage par an pour les étudiants en master, soit 3 heures par semaine. Ce n’est pas sérieux !

Il faut reconstruire entièrement la formation. François Hollande a pris un engagement : nous ne reviendrons pas sur la masterisation. C’est la façon de faire qui a été mauvaise, car cette réforme a été décidée dans le but de supprimer des postes, Bercy dictant la politique éducative. Mais nous mettrons aussi en place un système de prérecrutement, permettant à des jeunes de milieux modestes ayant la vocation, de faire des études longues qu’ils n’auraient pas pu financer. Pour les modalités de la formation que nous voulons, nous poursuivons les discussions.

Faut-il aujourd’hui réformer le collège unique ?


L.C. : Le fait que 100% d’une classe d’âge soit au collège a été un progrès considérable. Mais au moment où notre stratégie consiste à personnaliser et apporter une réponse individuelle à chaque enfant, il y a un paradoxe à continuer à parler de collège unique, à ce que tous les élèves fassent la même chose entre 10 et 14 ans.

Au collège, il faut commencer à proposer des parcours tenant compte de la diversité des élèves. Avec un bémol : il ne faut pas que ce soit définitif et que ce soit une pré-orientation à 12 ans - l’orientation se faisant en fin de troisième. Il faut laisser toutes les possibilités ouvertes. Mais il y a des élèves qui suivent moins bien à partir de la quatrième et qui ne sont pas faits pour les matières théoriques. Nous allons les ouvrir au monde professionnel et leur montrer d’autres disciplines. L’idée, c’est le collège pour tous, mais avec des parcours différenciés. Il y a par ailleurs une rupture trop forte entre le CM2 et la sixième, que nous voulons atténuer. Dans le dispositif «Eclair», cette année, des professeurs de primaire vont apporter un soutien en lecture à des élèves de sixième.

V.P. : Différencier les élèves à partir de la fin de la cinquième est la pire des solutions. Cela a échoué partout dans le monde. Les systèmes qui réussissent sont au contraire ceux qui proposent les parcours communs les plus longs.

Pourquoi tout à coup s’attaquer au collège ? Les enfants qui arrivent en sixième viennent de l’école élémentaire. Et 40% ne maîtrisent pas bien les apprentissages de base en fin de CM2. Si cela n’est pas réglé, on aura beau faire, ce sera le tonneau des Danaïdes. Il faut avant tout que les élèves arrivent au collège en possédant les fondamentaux, et travailler la transition primaire-collège, de même que celle entre le lycée et l’université pour éviter l’énorme gâchis en premier cycle.

La question des moyens serait-elle dépassée ?


L.C. : Je vais peut-être surprendre mais le problème des moyens ne se pose pas à l’Education nationale pour moi. On investit 7% du budget de la nation dans l’éducation, plus que la moyenne des pays de l’OCDE et de l’Union européenne. On dépense 80% de plus depuis 1980 par élève, en euros constants. Les moyens sont là. Le problème, c’est leur répartition. Il faut sortir de l’égalitarisme qui a fait tant de mal. Dans de grands lycées parisiens, il peut y avoir 38 élèves par classe, voire plus. Dans certaines classes de collèges difficiles, 22 élèves, cela peut être déjà beaucoup. C’est un mensonge de dire aux enseignants que l’on va en recruter 60 000 et qu’on va les payer plus. C’est désastreux. Les finances ne le permettront pas. Soit on reste dans le pur quantitatif comme pendant vingt-cinq ans, et cela se fait au prix de leur paupérisation. Soit, c’est difficile mais courageux, on ne remplace pas tous les départs à la retraite et il y a moins d’enseignants mais mieux rémunérés. C’est ce que nous avons fait : nous avons augmenté de 18% le salaire des débutants, qui toucheront 2 000 euros en février.

V.P. : Les moyens doivent être suspendus à des fins. Pour nous, l’école n’est pas un coût, mais un investissement. Et la France n’investit pas assez dans son avenir. Avoir des professeurs mieux formés, faire réussir tous les enfants au CP, que des élèves et des enseignants n’aillent pas à l’école la peur au ventre, faire accéder les enfants à la culture, réduire les inégalités… tout cela suppose des moyens.

Mais nous ne mettrons aucun moyen qui ne réponde pas à un besoin. C’est le sens de la proposition de François Hollande qui consiste à créer durant son quinquennat 60 000 postes supplémentaires, pas seulement d’enseignants. La condition sera l’amélioration des performances. Ce sera un contrat, avec une évaluation des résultats et une véritable refondation

 La suite..

Lire l'interview intégrale de

Lire l'interview intégrale de Vincent Peillon.

Evaluation des Enseignants : une question mal posée, par Choukri Ben Ayed

Evaluation des enseignants : Une question mal posée 

Par Choukri Ben Ayed

 

"Le système éducatif dans son ensemble, a davantage à perdre qu'à gagner dans ce projet de réforme de l'évaluation des enseignants", écrit Choukri Ben Ayed, professeur de sociologie à l'université de Limoges. Pour affirmer cela, il démonte pièce par pièce le raisonnement qui sous-tend le projet de décret ministériel. Non, "l'effet maître" n'est pas démontré. Oui, l'évaluation voulue par le ministère est en contradiction avec la dynamique collective que lui-même met en avant. Au final, l'import des techniques de management entrepreneuriales dans le système éducatif ne peut être que négatif. Alors que le gouvernement vient de repousser la date ultime de réforme de l'évaluation, ce texte sape les fondations du projet Chatel.



Des propositions de Fondapol au décret Chatel, les thèmes de l'autonomie et de la responsabilité se sont imposés comme des évidences, et avec eux celui de la refonte de l'évaluation des enseignants. Fait nouveau, c'est au seul chef d'établissement que serait désormais confiée cette tâche dans le second degré. Si l'on considère aujourd'hui comme acquis le fait que l'individualisation des carrières, le localisme et l'autonomie constituent des outils de dérégulation des statuts et du service public d'éducation, nous allons tenter néanmoins de prendre ici le thème de l'évaluation au sérieux. Les tensions et les oppositions actuelles résultent en effet, selon nous, moins d'un refus radical de toute forme d'évaluation, que d'une façon de l'imposer infondée, dangereuse et à terme contre productive.

 

Les contradictions de la communication gouvernementale sur l'évaluation

 

Nombre de textes ministériels insistent depuis plusieurs années sur la nécessité d'imposer la « culture de l'évaluation ». L'évaluation et la performance revêtent même un caractère juridique, intégrées dans différentes lois (notamment les lois d'orientation sur l'école ou la LOLF). L'évaluation est souvent associée à l'idée d'accroître l'efficacité de l'école. Pourtant les objectifs et les valeurs qui la sous-tendent demeurent flous. De quelle efficacité s'agit-il ? Dégager une élite ? Favoriser la réussite de tous les élèves ? Réduire les inégalités ? Un même vocable peut revêtir des significations très différentes. Quand bien même la rhétorique de l'évaluation est martelée, elle ne suffit pas à lever ces ambiguïtés. 

 

Si le ministère souhaite par ailleurs promouvoir de façon crédible une « culture de l'évaluation », encore faudrait-il qu'il fasse sienne cette résolution. Rappelons l'article du Monde du 12 décembre dernier qui s'inquiète de la dissimulation ou du retard grandissant des évaluations de l'école à tel point qu'il est difficile aujourd'hui de connaître le niveau réel d'acquisition des élèves, l'efficacité de certaines mesures récentes comme le sport à l'école, l'accompagnement éducatif, l'assouplissement de la carte scolaire, les internats d'excellence, etc.

 

L'association des journalistes en éducation vient à son tour de s'émouvoir de la baisse drastique des publications des notes d'information de la DEPP ou des rapports de l'Inspection générale, alors que les statisticiens et chercheurs s'inquiètent de l'instrumentalisation des évaluations à des fins politique et de communication. Lorsque ces évaluations existent, elle sont bien souvent frappées de déni de réalité, dès lors qu'elles épinglent les effets négatifs des choix politiques, comme ce fut récemment le cas à propos des évaluations PISA. Il y a en effet encore beaucoup à faire pour imposer une réelle « culture de l'évaluation ».

 

L'évaluation des enseignants : retour sur un problème mal posé

 

Jusqu'à présent le principe de l'évaluation faisait l'objet d'un relatif consensus. Pourquoi ? Car, sous sa forme actuelle, elle repose sur deux piliers : individuel et collectif. Individuelle, l'évaluation est réalisée par le regard croisé d'un inspecteur et du chef d'établissement, le premier ayant davantage de poids que le second car son évaluation relève du cadre pédagogique et disciplinaire. Certes cette évaluation a fait l'objet de critiques concernant notamment la confusion entre gestion des carrières et contribution à l'amélioration globale du système éducatif ou quant à son incapacité à promouvoir et valoriser des pratiques collectives. Néanmoins cette évaluation croisée n'a pas été remise en cause sur son principe.

 

La seconde forme d'évaluation est collective, pensée comme l'évaluation du système éducatif lui-même et des divers dispositifs éducatifs qui le composent. Ce sont ces évaluations qui font le plus souvent défaut par leur rareté ou leur manque de pertinence. Ces évaluations s'intéressent en effet (dans le meilleur des cas) aux progrès des élèves, aux conditions d'apprentissage et à la maîtrise des savoirs. Si elles sont appréhendées à une échelle agrégée, c'est parce que l'efficacité d'un dispositif éducatif résulte de la combinaison de différents types d'acteurs dans et en dehors de l'école. Elle engage à ce titre la responsabilité de l'administration elle-même : le dispositif a-t-il été bien pensé au départ ? Répondait-t-il à un besoin réel ? La réponse institutionnelle était-elle pertinente et adaptée ? Les moyens consentis étaient-ils suffisants ? L'institution a-t-elle suffisamment formé et accompagné les professionnels qui le mettent en œuvre ? Les responsables intermédiaires (inspections, collectivités locales, chefs d'établissements), se sont-ils appropriés le dispositif ? L'ont-ils suffisamment traduit, relayé au plan local ? Ce type d'évaluation révèle la dimension complexe de l'action éducative qui appelle des modes d'investigation adaptés.

 

L'action éducative : responsabilité individuelle ou collective ?

 

Les recherches qui tentent d'appréhender « l'efficacité » propre des enseignants sont ainsi confrontées à de redoutables difficultés méthodologiques et procèdent de protocoles scientifiques particulièrement élaborés. Même dans ces conditions elles parviennent difficilement à isoler un « effet maître » totalement indépendant de la composition des classes ou des caractéristiques de l'environnement scolaire. Les recherches consacrées à l'influence des contextes locaux sur les apprentissages insistent notamment sur les jeux de concurrence entre les établissements et les phénomènes ségrégatifs qui relèvent pour une bonne part des choix effectués en matière de politique éducative (voir S. Broccolichi, C. Ben Ayed, D. Trancart et al. Ecole les pièges de la concurrence, La découverte 2010).

 

La « performance » éducative est donc co-produite par une multitude d'acteurs et de processus imbriqués. Cela est d'autant plus vrai dans le second degré où l'élève est soumis à une diversité de contextes pédagogiques et de modes d'encadrement. Sans oublier qu'une partie de cette « performance » peut être également partiellement imputable aux modes d'encadrement de l'élève en dehors de l'école, dans la sphère familiale ou dans des structures spécialisées d'accompagnement ou de soutien scolaire.

 

Cette complexité de l'action éducative interdit donc toute forme d'évaluation et de notation de type technocratique qui chercherait à mesurer et surtout isoler injustement la contribution propre d'un acteur singulier. Comment le chef d'établissement seul, fût-il rigoureux, pourrait maîtriser l'ensemble des aspects méthodologiques et techniques d'une évaluation scientifiquement fondée ? Avec quel temps et quels moyens ? Le non sens qui résulte de cette nouvelle figure imposée de l'évaluation individuelle des enseignants ne dissimule que très difficilement sa vocation à mettre sous pression les enseignants plutôt que de réellement améliorer les conditions de scolarisation.

 

L'évaluation individuelle est-elle compatible avec l'idée de dynamique collective ?

 

Depuis le début des années quatre-vingt les discours ministériels multiplient les incitations au travail collectif. C'est le cas du projet de décret actuel qui se soucie moins des conditions pratiques de ces dynamiques collectives que de les réduire à un objet d'évaluation-sanction. Ces dynamiques relèvent-elles de la responsabilité individuelle des enseignants, de l'organisation des établissements scolaires ou du rôle du chef d'établissement ? Tous ces facteurs sont bien évidemment indissociables et l'on comprend difficilement ce qui justifie de réduire le travail collectif à une modalité d'évaluation individuelle. Pire encore, ce type d'évaluation entre en totale contradiction avec cet objectif, l'évaluation individuelle est en effet davantage de nature à attiser les concurrences et les rivalités entre les personnels ou encore les replis sur soi qu'à encourager des coopérations.

 

Le chef d'établissement au centre des contradictions du système éducatif

 

La littérature sociologique fait souvent mention d'établissements qui se redressent ou au contraire déclinent spectaculairement du fait de l'action du chef d'établissement. Ce corps professionnel, loin d'être homogène, pourrait bien à son tour entrer dans la spirale des évaluations gigognes. En l'espèce le projet de décret est de nature à terme à déstabiliser les chefs d'établissements eux-mêmes. Au carrefour des contradictions du système éducatif, à la tête d'établissements déjà fortement fragilisés par d'autres réformes, et accueillant des enseignants de moins en moins préparés à l'exercice du métier, les attentes à leur égard risquent d'être considérables.

 

Des exemples récents comme ceux de France Telecom, ou de Pôle Emploi, montrent que les professionnels particulièrement soumis à la pression managériale, sont également ceux dont la fonction consiste à évaluer et contrôler leurs subordonnés et tenus d'honorer des objectifs souvent impossibles. Les chefs d'établissements pourraient bien également faire les frais de ces injonctions paradoxales : faire du commun tout en individualisant, réduire les inégalités devant l'école dans un système de plus en plus autonomisé et fragmenté, améliorer les conditions d'apprentissage lorsqu'elles n'ont jamais été aussi dégradées…

 

Comment du reste envisager le quotidien des établissements, si le décret en venait à entrer en vigueur ? Les chefs d'établissement pourraient-ils réellement assumer les tensions qui résulteraient d'évaluations négatives et jugées illégitimes ? En cas de défaillance, n'y aurait-il pas un risque de voir des équipes pédagogiques se retourner contre le chef d'établissement, comme c'est déjà le cas dans certains établissements concernés par les expérimentations du programme ECLAIR ? (voir l'article de Mediapart du 15 novembre 2011). Pour éviter toute forme de conflit certains chefs d'établissement ne seraient-ils pas amenés à « modérer » leurs évaluations pour garantir la paix sociale ? Les désordres qui pourraient résulter des tensions trop grandes entre une équipe pédagogique et son chef d'établissement pourraient en effet être mal perçues par les parents, par la hiérarchie et par les personnels tentés de fuir, contribuant ainsi à fragiliser l'établissement lui-même dans un contexte déjà hautement concurrentiel.

 

L'analyse du projet de décret montre, selon nous, que le système éducatif dans son ensemble, a davantage à perdre qu'à gagner dans ce projet de réforme de l'évaluation des enseignants, éloigné des réalités de l'action éducative et dont les objectifs sont trop confus ou masqués. Les trop fortes contradictions que nous avons mises au jour montrent ce qui est au centre de ce décret : ce ne sont pas les objectifs d'amélioration de la qualité du service public d'éducation, mais plutôt les transformations des modes de gestion des ressources humaines inspirées du modèle de l'entreprise. Autant dire que ce type de décret contribuerait à accélérer la crise de l'école et à annihiler le sens même de la notion de service public.

 

Choukri  Ben Ayed

FONDAPOL: Des propositions qui ne valent pas grand chose, par C. Ben Ayed

Fondapol : Des propositions qui ne valent pas grand chose publié dans Le Café Pédagogique

Par Choukri Ben Ayed

"Flagrant délit d’incompétence". Sociologue, professeur à l'université de Limoges, Choukri Ben Ayed s'adresse à Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) qui vient de publier ses propositions pour les présidentielles 2012. Un texte en rupture avec la tradition de l'école républicaine et, pour C. Ben Ayed, avec les travaux des chercheurs. Après avoir opposé le texte de Fondapol aux acquis de la recherche, ce dernier conclut : " votre projet est entièrement bâti autour de l’idée qu’il ne couterait « rien » à l’Etat, au fond cela n’est pas surprenant pour un projet qui ne vaut pas grand chose.'"

 

Comment peut on réagir (si besoin en était), aux « propositions » de Fondapol ? La Fondation dite pour « l’innovation » politique porte bien mal son nom. En fait d’innovation, il nous a rarement été donné l’occasion de lire un texte à ce point truffé de principes rétrogrades. Un examen s’impose. La première réaction qui vient à l’esprit lorsque l’on consulte ce texte c’est la nature de son émetteur : un Think Thank. Ceci pose avant tout la question de la façon de faire de la politique aujourd’hui. Finis la démocratie représentative, la parole au peuple, désormais le politique gouvernera en faisant l’addition de toutes ces paroles d’experts autorisés, autoproclamés.

La problématique éducative est également balayée par ce mouvement, preuve s’il en est qu’elle est réduite aujourd’hui à une activité comme une autre en ne tenant plus compte de ses spécificités. Le propre des Think Thank c’est leur capacité à écrire sur tout, à savoir tout sur tout. Fondapol, qui se définit comme un « Think Thank libéral progressiste et européen », écrit sur la santé, les classes moyennes, le logement, le parlement, la responsabilité, la « compétitivité par la qualité », la morale, l’éthique, la déontologie, le pouvoir d’achat, la jeunesse, la liberté religieuse, l’écologie, la sortie du communisme, etc. Bref Fondapol sait tout sur tout, mais à force de tout savoir sur tout, on en finit par ne plus savoir rien sur rien. Et en la matière, nous avons ici un bel exemple de flagrant délit d’incompétence. Pour un cercle d’expert, curieux texte qui n’est accompagné d’aucune référence scientifique.

Entrons dans le détail...

Entrons dans le détail. En fait d’arguments scientifiques que propose ce texte ? Tout d’abord des rhétoriques vides de sens : « pluralité des formes », « singularité », « différenciation sociale ». Les chercheurs en éducation n’ont pas attendu la contribution de Fondapol pour constater l’importance de la différenciation sociale à l’école. Ils se passent bien en revanche de traduire cette question sur le terrain de la singularité et de l’individualisme. Ces plaidoyers récurrents pour l’individualisation et l’individualisme, sous couvert d’aide aux élèves, en deviennent foncièrement suspects. Finis donc les idéaux collectifs, l’idée d’un système unifié, voire même de société ? Nous devrions donc nous résoudre à une école des individus ? La réponse est non et nous résisterons à la facilité d’un tel projet d’école qui hiérarchise les élèves en fonction de leur origine socioculturelle et géographique. Si Fondapol souhaite innover, c’est dans le sens de la reconstruction d’un bien commun qu’il doit s’efforcer de faire œuvre utile et non de travailler à sa destruction.

Avançons encore dans le texte : autonomie, recrutement des enseignants par le chef d’établissement etc. La belle affaire ! Là aussi qu’y a-t-il d’innovant dans cette pensée réactionnaire à réduire l’école à une entreprise ? D’où tenez-vous, Dominique Reynié, que l’autonomie version managériale, et que le recrutement des enseignants par le chef d’établissement seraient, à ce point si efficaces ? De quelle recherche ? Aucune n’établit cela, aucune. C’est tout le contraire qui est constaté. Lorsqu’autonomie se conjugue avec concurrence et hiérarchisation des établissements scolaires chacun sait à présent que cette situation est propice à la polarisation, l’accroissement des inégalités et aux moindres acquisitions scolaires : tout le contraire de ce que vous prétendez combattre.

"Connaissez-vous vraiment l’école ?"

Quelle serait la puissance divine des chefs d’établissement à savoir mieux recruter ? Mieux évaluer ? Là aussi Dominique Reynié citez-nous quelques sources. Que faites-vous du clientélisme qui pourrait résulter d’un tel système ? Que faites-vous des dérives du management en totale contradiction avec la liberté pédagogique de l’enseignant ? Au fond connaissez-vous vraiment l’école pour projeter ainsi vos fantasmes entrepreneuriaux ? Curieux raisonnement qui consiste à négliger la formation des enseignants et leur accompagnement pédagogique, dont vous ne dites mot, et à se focaliser essentiellement sur leurs conditions de recrutement. Non Monsieur Reynié un enseignant n’est pas un petit employé que l’on prend, que l’on contrôle, que l’on évalue et que l’on jette, il est le plus noble représentant d’une institution qu’on appelle encore le service public et si notre histoire démocratique lui a attribué une liberté pédagogique et une indépendance par rapport au pouvoir local et à sa hiérarchie directe, c’est précisément dans un souci de préservation de cet idéal démocratique : l’avez-vous oublié ?

Vous souhaitez faire travailler davantage les enseignants dans les établissements scolaires et qu’ils ne consacrent qu’une faible partie de leur temps de travail à l’enseignement. Si c’est de « temps-enseignant » dont les élèves ont besoin pourquoi ne pas en recruter davantage ? Pourquoi vous focaliser essentiellement sur les enseignants ? Que faites-vous des CPE, des assistantes sociales, des assistants d’éducation, des infirmières scolaires ? Un établissement est une machinerie complexe et ne peut fonctionner avec un seul type de professionnel, les acteurs de terrain le savent très bien. Pourquoi faites-vous l’impasse sur la politique que vous semblez soutenir qui, à coût de coupes budgétaires, a privé les établissements de la présence d’adultes ? Pourquoi ne dites-vous rien de cette logique de déshumanisation des enceintes scolaires qui scandalise tout autant les professionnels que les parents d’élèves ?

"C’est cela votre ambition éducative : Renoncer au savoir ?"

Que proposez-vous ? De recruter moins d’enseignants, mais mieux payés en échange d’un temps de travail plus important ? Qui acceptera de se faire ainsi compresser ? N’allez-vous pas finir par rendre totalement indésirables, pour les enseignants eux-mêmes (et pour les parents), les écoles dites « fondamentales » que vous appelez de vos vœux ? Ignorez-vous que l’activité pédagogique suppose un temps de travail hors élève de préparation et de formation ? 

Un enseignement dans les écoles dites « fondamentales » limité à trois disciplines ? Pourquoi pas une, quatre, la moitié d’une ? C’est cela votre ambition éducative ? Renoncer au savoir, à la culture pour tous en les réservant à quelques uns ? Vous réduisez les élèves de ces écoles à des demi-apprenants. Vous réactivez, sciemment ou par ignorance, les vieilles lunes du handicap socioculturel et des dons. Vous suggérez que la situation actuelle de ces élèves résulte de l’hypocrisie ambiante qui n’a pas su reconnaître leurs difficultés d’apprentissage. Lisez-vous la presse spécialisée en éducation ? Discutez-vous avec les enseignants ? Lisez-vous les travaux des chercheurs ? Vous êtes-vous déjà rendu dans une convention pédagogique organisée par un syndicat enseignant ? Les professionnels de l’éducation, autant que les chercheurs, ne sont pas hypocrites ou aveugles mais indignés face à la situation de l’école, qu’ils vivent et observent chaque jour. Ils demeurent néanmoins encore suffisamment ambitieux pour espérer un enseignement pour tous et pour rejeter toute forme de discrimination ou de ségrégation instituée comme vous le faites. En fait de vouloir résoudre un problème vous vous contentez de le contourner et d’en créer d’autres bien plus graves encore en évacuant une partie de la population scolaire du droit de à des apprentissages communs.

Vous prônez la fin de l’éducation prioritaire et la fin du collège unique, ni plus ni moins. Selon vous la politique d’éducation prioritaire a échoué car elle procéderait d’une logique de zonage des territoires et non du ciblage des individus. Mais savez-vous ce que recouvre cette logique de zonage ? Elle signifie que, pour venir en aide aux élèves en difficulté, il est nécessaire de travailler en lien avec leur territoire, avec le champ associatif, avec les collectivités locales, les réseaux d’éducation prioritaire… Vous êtes muets sur ce point. Que proposez-vous ? De bunkeriser l’école ? De l’insulariser ? C’est ainsi que vous pensez prendre en compte le quotidien des élèves et de nouer avec leur environnement et leurs parents des relations éducatives ?

"Vous n’avez besoin de personne pour invalider votre propre projet… "

Pourquoi ne proposez-vous pas une lecture plus documentée des difficultés de l’éducation prioritaire ? Que disent sur ce point les travaux de recherche et les rapports officiels que vous passez une nouvelle fois sous silence ? Faisons ici un bref rappel : déficit de pilotage tant local que national, sous-dotation financière ne permettant pas de réduction significative du nombre d’élèves par classe (plus tout à présent avec la suppression des postes), instabilité du cadre national, défauts d’accompagnement des équipes, des coordinations locales, inanité de la lutte contre les ségrégations scolaires… C’est tout cela qu’il faut empoigner et regarder en face plutôt que de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Finalement vous nous livrez vous-même le mot de la fin : votre projet est entièrement bâti autour de l’idée qu’il ne couterait « rien » à l’Etat, au fond cela n’est pas surprenant pour un projet qui ne vaut pas grand chose. Il faut vous convaincre qu’une école ambitieuse égalitaire et démocratique aura un coût. Dans le même plaidoyer proposer un soit disant nouveau modèle d’école, tout en arguant de son coût nul pour la nation, est la plus belle façon de l’auto-dénigrer. Finalement vous n’avez besoin de personne pour invalider votre propre projet…

Choukri Ben Ayed    Sociologue, professeur à l'université de Limoges

 

Liens :

Le projet Fondapol

http://www.fondapol.org/etude/12-idees-pour-2012-3/

C Ben Ayed : C'est simple on fait fausse route

http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2011/1[...]

Qu’offre-t-on aux familles en supprimant la carte scolaire ? Un sauve-qui-peut !

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/12/0[...]

L'école peut-elle lutter contre les inégalités sociales ?

http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2011/re[...]

Fondapol pour en finir avec l'école républicaine

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/12/09[...]

Pour faire virer un prof, les parents d'élèves séquestrent le personnel

Pour faire virer un prof, les parents d'élèves séquestrent le personnel

    NOTE DU WEBMASTER DE L'ADEP: ce qui est intéressant dans cette triste affaire, ce n'est pas tant ce qui s'est passé dans cette école privée, mais la réaction de Luc Chatel ce matin sur France Inter (voir plus bas) à propos des enseignants stagiaires: il faut accepter que nos enfants essuient les plâtres de la pratique des stagiaires avec le manque de formation qu'on leur connaît...grâce à qui ?

 

Gérard Depardieu dans Le plus beau métier du monde Gérard Depardieu dans Le plus beau métier du monde | Production

Ils ont passé la nuit dans l'enceinte de l'établissement malgré la visite des gendarmes. Les parents d'élèves d'un établissement privé de Berre l'Etang (Bouches-du-Rhône) ont employé les grands moyens pour... virer le prof de leurs enfants.

De mardi soir à mercredi en fin de matinée, une quinzaine de parents d'élèves de la classe de CM1 de l'école privée catholique Notre Dame de Caderot, ont retenu cinq personnes, la directrice, deux institutrices et deux agents administratifs selon Libération. Les "otages" ont été laissés libres quand les parents ont reçu l'assurance que le professeur serait remplacé dès jeudi et jusqu'à la fin de l'année scolaire.

Les sequestrés sont sortis par l'arrière de l'établissement a raconté le reporter de BFMTV. La mère d'un élève s'est déclarée "soulagée" devant la presse en sortant de l'école. "Ça a été dur pour nous et pour les enseignants. Maintenant on aimerait rentrer chez nous et récupérer nos enfants. J'espère que le calme va revenir dans la classe", a-t-elle indiqué.

L'ambiance n'est "pas tendue", a raconté la mère d'une élève de neuf ans citée par le quotidien. Ils ont pu s'alimenter normalement et dormir sur des matelas empruntés aux classes de maternelle, a-t-elle ajouté.

"La situation est incontrôlable, ça hurle dans la classe, les enfants pleurent"

Selon les parents, le professeur employé pour faire la classe à leurs enfants était mauvais, trop mauvais, et aussi trop sévère. "Nous sommes très inquiets par rapport à l'avancée du programme de CM1 et nous pensons que nos enfants sont en danger. La situation est incontrôlable, ça hurle dans la classe, les enfants pleurent tous les jours, un élève ne veut plus aller à l'école, ils sont touchés psychologiquement, a indiqué le papa d'un élève, cité par TF1 News, nous séquestrons la directrice et une partie des enseignants dans l'école jusqu'à ce que les choses bougent".

Contactée par téléphone, la directrice de l'établissement confirmait : "Nous avions une réunion avec ces parents d'élève de CM1 et je reconnais qu'il y a des problèmes, ils ne sont pas entendus par les autorités académiques, donc ils ont décidé de me séquestrer avec trois enseignantes".

"Ce professeur sera déplacé mercredi"

Le professeur, stagiaire, est "connu et suivi par l'inspection académique" a indiqué le rectorat. "Depuis que ce stagiaire est arrivé, la directrice est en conflit avec lui. (...) Le stagiaire est convoqué mercredi", a indiqué la même source, selon qui les parents avaient reçu "l'assurance que ce professeur sera déplacé mercredi".

Les gendarmes ne se sont pas attardés sur place mardi, espérant une fin imminente de l'action des parents d'élève. Mais rien n'y a fait, ni la demande de mutation du professeur transmise par fax par l'inspection d'académie, ni les assurances du rectorat. "Nous voulons un document écrit définitif", a dit la porte-parole des parents d'élèves, toujours citée par TF1 News. "Nous prenons les enseignants en otage mais nos enfants sont pris en otage depuis septembre", a-t-elle assuré, consciente de "risquer le pénal si les enseignants portent plainte".

"On n'a pas la science infuse lorsqu'on démarre dans la vie professionnelle"

Le ministre de l'Éducation nationale Luc Chatel a souligné mercredi matin sur France Inter que c'était à la direction du diocèse qui gère l'établissement d'apporter des "réponses" aux parents d'élèves. "C'est un établissement privé sous contrat, et c'est donc à la direction diocésaine, qui a la responsabilité de l'organisation de l'enseignement dans cette école, d'apporter une réponse, en lien bien sûr avec les autorités académiques", a-t-il ajouté, estimant qu'"il y a d'autres méthodes que de séquestrer la directrice d'une école".
 
"Il faut aussi que les parents d'élèves acceptent qu'un professeur, lorsqu'il est en phase de formation, il découvre le métier, il est accompagné, il est entouré et qu'on n'a pas la science infuse lorsqu'on démarre dans la vie professionnelle", a ajouté le ministre.

BFMTV était aux abords de l'école mercredi matin, "les otages sont bien traités" indiquait le reporter de la chaîne :

 

Sources : TF1 News, Libération

L'éthique à l'école: oui, mais laquelle ?

L'éthique à l'école : oui mais laquelle ?

(deux journées de débat au Salon de l'éducation des 25 et 26 novembre 2011)

 

 

Il est inutile de faire des cours de morale à l'école. Ce serait même contre-productif. Tel est l'enseignement paradoxal de la journée organisée vendredi 25 novembre par l'association chrétienne Confrontations et la Ligue de l'enseignement lors du salon de l'Education.

Si entre 1882 et la Première Guerre mondiale, la morale laïque enseignée à l'école a connue un certain succès, elle a rapidement décliné pour disparaître totalement après Mai 68. Elle a échoué à se substituer au catéchisme catholique. Ceci pour plusieurs raisons, rappelle Pierre Ognier, docteur en sciences de l'éducation. Le manque de préparation des instituteurs, un programme très – même trop – complet, avec une liste de devoirs envers soi-même, la famille, les autres... Puis elle enfourche diverses philosophies en vogue – le spiritualisme, le solidarisme…- pour être finalement réduite à l'instruction civique jusqu'au mot d'ordre de Mai 68: il est interdit d'interdire et le rejet de la morale. Pourtant, des attentes existent vis-à-vis de l'école, de la part de chrétiens mais aussi de laïcs, pour prendre en charge une partie de l'éducation morale des élèves-citoyens.

Philippe Joutard, historien et ancien recteur, remarque que "l'instruction pure n'existe pas. Elle est indissociable des valeurs. Il suffit de prendre le socle commun. Chaque compétence a une dénotation qui relève de l'éthique". Il donne quelques exemples : l'enseignement de la langue doit permettre "l'ouverture à la communication, au dialogue, au débat", les mathématiques impliquent "le respect de la vérité rationnellement établie, l'esprit critique, la distinction entre le prouvé, le probable et l'incertain, être conscient de l'implication éthique des changements scientifiques". Le problème, ajoute Philippe Joutard, c'est que le socle commun fait théoriquement partie de la loi, mais qu'en pratique, c'est loin d'être le cas. "Il n'est donc pas utile de faire des cours de morale ajoutés de l’extérieur." En revanche, il suggère l'organisation de débats réglés "qui nécessitent la maîtrise de soi, l'écoute de l'autre et de comprendre ce qu'il veut dire même si on ne partage pas son point de vue". Et la revalorisation de certains disciplines, comme l'éducation physique et sportive et l'éducation artistique, pour qui la notion de règle est la condition sine qua non du jeu et de la créativité. Et pourquoi pas prendre le temps, pendant les heures de cours, de revenir sur des questions fondamentales telles que "Qu'est-ce que la règle ? La rigueur ? L'esprit critique ?" transposées dans chacune des matières.

Pour Jean Baubérot, autre historien et sociologue de la laïcité, l'école ne peut enseigner une morale qu'à la condition d'être respectée, c'est-à-dire de remplir sa mission et de promouvoir l'ascension sociale. En 1882 et jusqu'à la Première Guerre mondiale, l'instauration de la morale laïque à l'école bénéficiait du grand respect porté aux instituteurs. Après ce constat pour le moins pessimiste (voir les articles de ToutEduc sur les inégalités scolaires, iciet ici), Jean Baubérot ajoute que la morale laïque, jusque-là largement kantienne devrait également s'inspirer de Nietzsche, "surtout après Mai 68".

Enfin, Jean-Paul Delahaye, IGEN, revient sur la circulaire de Léon Bourgeois en 1890 qui stipulait qu' "il faut dans les établissements une discipline consentie, faire comprendre la règle aux élèves. Par l'exemple et l'exemplarité du fonctionnement de l'école. La morale laïque n'est pas un catéchisme." Les occasions de mise en pratique ne manquent pas. Il faut une éthique collective et dans ce cadre, le rôle du chef d’établissement est important. Il peut d'abord exiger des personnels de porter un regard positif sur tous les élèves. Il doit également s'assurer que certaines règles s'appliquent à tous - élèves et professeurs –comme le fait d'arriver à l'heure ou rendre les devoirs dans les délais. Et créer le consensus autour de l'idée que l’hétérogénéité des classes aide les plus faibles sans nuire aux forts.

Ce colloque, organisé sur deux journées, le 25 et le 26, et conclu par une intervention de Marcel Gauchet, marque la volonté, pour la Ligue de l'enseignement, d'initier une réflexion collective sur un thème qui lui paraît essentiel. Philippe Joutard se souvient que, lorsqu'il était recteur de Besançon, il avait lancé avec la Ligue un premier colloque sur l'enseignement du fait religieux comme élément de la culture, et que celui-ci est à présent intégré aux programmes scolaires. Les débats qui ont eu lieu cette année au Salon de l'éducation ont une ambition comparable. 

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